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	<title>Centre Mn&#233;mo</title>
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		<title>D'o&#249; vient la turlute ?</title>
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		<dc:date>2010-04-01T14:14:54Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>JUTRAS Monique</dc:creator>



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&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, je m'int&#233;resse &#224; la turlute, cette forme d'expression musicale tr&#232;s originale de notre folklore qui consiste &#224; chanter des onomatop&#233;es sur des airs traditionnels de violon. On turlute ainsi des reels, des gigues, des valses ou tout autre air bien connu de notre folklore. Il existe aussi des m&#233;lodies turlut&#233;es qui s'ins&#232;rent comme refrains &#224; l'int&#233;rieur de nos chansons traditionnelles. On retrouve &#233;galement dans les chansons des refrains de type onomatop&#233;ique qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_164 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://mnemo.qc.ca/local/cache-vignettes/L250xH250/CDBolduc_Jutras-40866.jpg?1733706004' width='250' height='250' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, je m'int&#233;resse &#224; la turlute, cette forme d'expression musicale tr&#232;s originale de notre folklore qui consiste &#224; chanter des onomatop&#233;es sur des airs traditionnels de violon. On turlute ainsi des reels, des gigues, des valses ou tout autre air bien connu de notre folklore. Il existe aussi des m&#233;lodies turlut&#233;es qui s'ins&#232;rent comme refrains &#224; l'int&#233;rieur de nos chansons traditionnelles. On retrouve &#233;galement dans les chansons des refrains de type onomatop&#233;ique qui apparaissent comme des paroles d&#233;pourvues de sens, qu'on peut aussi qualifier de turlutes. Actuellement, la turlute est tr&#232;s populaire au sein des formations de musique traditionnelle qu&#233;b&#233;coise et le public demande fr&#233;quemment : d'o&#249; vient la turlute ? Comme j'ai accumul&#233;, depuis un certain temps, des informations sur le sujet, voici quelques-unes de mes trouvailles. Mes principaux outils de recherche ont &#233;t&#233; la chanson traditionnelle fran&#231;aise et les dictionnaires de langue fran&#231;aise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans faire une recherche exhaustive &#224; travers les dictionnaires, je n'ai (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les observations d'autres chercheurs int&#233;ress&#233;s par le sujet et &#233;galement les liens que j'ai pu &#233;tablir entre diff&#233;rentes informations m'ont permis d'en arriver &#224; certaines conclusions ou, &#224; tout le moins, &#224; certaines hypoth&#232;ses, que je souhaite partager dans le cadre de cet article. &lt;span style=&#034;position: absolute;left: -43123px;&#034;&gt;Explore some of the best online slots in Canada at &lt;a href = &#034;https://slots-online-canada.ca/&#034;&gt;Slots Online Canada&lt;/a&gt;, a premier gaming destination.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que la turlute soit consid&#233;r&#233;e comme un &#233;l&#233;ment unique en son genre et tr&#232;s caract&#233;ristique du folklore qu&#233;b&#233;cois, celle-ci est le fruit de diff&#233;rentes influences culturelles et de traditions fort anciennes qui nous ram&#232;nent &#224; des &#233;poques bien ant&#233;rieures &#224; l'histoire du Qu&#233;bec et de la Nouvelle-France. Je vous propose ici de remonter le temps pour tenter d'en saisir les origines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Qu&#233;bec, ce que l'on entend dire fr&#233;quemment &#224; propos de la turlute, est qu'elle serait n&#233;e en Acadie au moment de la Conqu&#234;te, alors que les anglais avaient br&#251;l&#233; tous les biens des fran&#231;ais rebelles, d&#233;truisant des villages entiers et forc&#233;ment tous les violons qui s'y trouvaient. Donc plus de violon chez les acadiens qui, m&#234;me d&#233;port&#233;s, &#233;taient n&#233;anmoins toujours aussi d&#233;termin&#233;s &#224; conserver leur identit&#233; culturelle. Ainsi, pour pr&#233;server leur musique traditionnelle, les acadiens auraient invent&#233; la turlute en chantant leurs airs de violon sur des onomatop&#233;es pour tenter d'en imiter le son. On aurait m&#234;me, de cette fa&#231;on, pr&#233;serv&#233; les danses en utilisant la turlute comme accompagnement musical. Voil&#224; donc une th&#233;orie bien r&#233;pandue dans l'imaginaire collectif pour expliquer la naissance de la turlute en Am&#233;rique fran&#231;aise. Cette th&#233;orie appartient &#233;videmment plus &#224; la l&#233;gende qu'&#224; l'histoire. Mais comme dans toute l&#233;gende, il y a g&#233;n&#233;ralement une part de r&#233;alit&#233; et une de fiction, voyons comment l'histoire et la l&#233;gende cohabitent ici pour mieux nous faire comprendre, non pas tant la naissance de la turlute, mais plut&#244;t son d&#233;veloppement particulier en Am&#233;rique fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;tude sur la turlute qu&#233;b&#233;coise men&#233;e par l'anglophone Sharon Berman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Berman, Sharon. The turlute of Qu&#233;bec : nonsense that speaks for itself, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous donne de pr&#233;cieuses informations concernant l'existence de traditions turlut&#233;es, non seulement au Qu&#233;bec, mais &#233;galement en &#201;cosse, o&#249; on l'appelle &#171; diddling ou port-a-beul &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En &#233;cossais, le mot &#171; port &#187; veut dire air instrumental et le mot &#171; beul &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et en Irlande o&#249; on l'appelle &#171; lilting &#187;. &#201;tonnamment, les th&#233;ories populaires pour expliquer la naissance de ces traditions celtiques de turluttage en &#201;cosse et en Irlande sont sensiblement les m&#234;mes que notre th&#233;orie populaire acadienne : suite &#224; l'interdiction de l'&#201;glise de jouer des instruments de musique en Irlande aussi bien qu'en &#201;cosse au 19e si&#232;cle (on aurait m&#234;me d&#233;truit tous les instruments de musique), les gens se seraient mis &#224; chanter leurs airs instrumentaux avec des onomatop&#233;es, ou si l'on pr&#233;f&#232;re &#224; faire du &#171; diddling &#187; ou du &#171; lilting &#187;, pour ne pas oublier leur musique instrumentale. Quant aux origines lointaines de ces traditions celtiques de turluttage, elles demeurent obscures, selon l'auteure, faute d'&#233;tudes approfondies sur le sujet. Au niveau des croyances populaires donc, nous avons des th&#233;ories pratiquement identiques v&#233;hicul&#233;es dans trois milieux diff&#233;rents (&#201;cosse, Irlande et Acadie) qui expliquent de la m&#234;me fa&#231;on la naissance de la turlute dans leur milieu respectif, soit le remplacement d'instruments de musique manquants par des onomatop&#233;es visant &#224; en imiter le son.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de croire que la turlute ait pu na&#238;tre spontan&#233;ment &#224; la fois en &#201;cosse, en Irlande et en Acadie. Ce qui appara&#238;t plus plausible, c'est qu'il existait d&#233;j&#224;, dans chacune de ces cultures, des traditions reli&#233;es &#224; l'imitation d'instruments de musique par des onomatop&#233;es, que ce soit pour le violon, la cornemuse ou la fl&#251;te, instruments traditionnels en usage selon ces diff&#233;rentes cultures. Tel que d&#233;montr&#233; dans l'&#233;tude de Sharon Berman qui s'est particuli&#232;rement int&#233;ress&#233;e aux sonorit&#233;s employ&#233;es dans la turlute, les qu&#233;b&#233;cois turlutent aujourd'hui avec des sonorit&#233;s qui semblent emprunt&#233;es &#224; la fois au &#171; diddling &#187; et au &#171; lilting &#187;, ce qui n'est gu&#232;re &#233;tonnant &#233;tant donn&#233; les &#233;changes musicaux que l'on conna&#238;t au niveau du r&#233;pertoire instrumental entre ces trois communaut&#233;s. Par contre, qui a turlut&#233; en premier ? Si les canadiens fran&#231;ais turlutaient avant l'arriv&#233;e des &#233;cossais et des irlandais, comment le faisaient-ils ? D'apr&#232;s les croyances populaires, les traditions celtiques seraient ant&#233;rieures &#224; la turlute acadienne. Mais je suis plut&#244;t port&#233;e &#224; penser, comme Sharon Berman, que chacune de ces cultures avait d&#233;j&#224; des pratiques associ&#233;es &#224; la turlute dans ses propres traditions. Les influences &#233;cossaises et irlandaises ont n&#233;anmoins pu donner lieu &#224; un d&#233;veloppement particulier de la turlute chez les canadiens fran&#231;ais qui ont utilis&#233; un m&#233;lange du &#171; diddling &#187;, du &#171; lilting &#187; et de sonorit&#233;s plus fran&#231;aises tout en d&#233;veloppant le son essentiellement autour de l'imitation du violon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Madame Bolduc est probablement le meilleur exemple de cette combinaison de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tara, tar&#233;, tara rim, tareliti&lt;/i&gt; (sonorit&#233;s francophones)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;diddle dee dum&lt;/i&gt; (sonorit&#233;s &#233;cossaises)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;diddly, tiddly, toodle-loodle, aytie daytie&lt;/i&gt; (sonorit&#233;s irlandaises)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;tam ti de lam, di de la di dum, di del li dom, tarelitoum, little littel loum&lt;/i&gt; (m&#233;langes des sonorit&#233;s utilis&#233;es par diff&#233;rents turluteurs qu&#233;b&#233;cois)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut savoir aussi que le fait d'utiliser des onomatop&#233;es pour reproduire le son d'instruments de musique est un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;pandu &#224; travers le temps et dans diff&#233;rentes cultures. &#192; titre d'exemple, les joueurs de tablas en Inde sont r&#233;put&#233;s, depuis belle lurette, pour reproduire les patrons rythmiques qu'ils jouent en utilisant des onomatop&#233;es appropri&#233;es aux roulements de tambours et aux diff&#233;rents sons graves et aigus qu'ils produisent. Et encore plus pr&#232;s de nous, aujourd'hui m&#234;me, les musiciens de jazz qui font du &#171; scat &#187; imitent fort bien la contrebasse, la trompette, le saxophone ou tout autre instrument faisant partie de leur formation par des onomatop&#233;es qu'ils d&#233;veloppent eux-m&#234;mes selon leur cr&#233;ativit&#233;. L'imitation d'instruments de musique par des onomatop&#233;es appara&#238;t donc comme une pratique courante &#224; travers l'histoire. Essayons maintenant de voir les origines lointaines de la turlute du c&#244;t&#233; des fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une recherche effectu&#233;e par un coll&#232;gue &#233;galement int&#233;ress&#233; par les origines de la turlute, Gilles Plante, sp&#233;cialiste en fl&#251;te &#224; bec et en musique ancienne, a clairement d&#233;montr&#233; le fait qu'il existait en Europe, au Moyen &#194;ge et &#224; la Renaissance, des techniques bien connues pour imiter le son d'instruments de musique. Dans son article paru r&#233;cemment dans Mn&#233;mo&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plante, Gilles. Qu'est-ce que la turlutte ?, Bulletin Mn&#233;mo, vol. 7, no 3, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les nombreux exemples qu'il donne d'onomatop&#233;es ins&#233;r&#233;es dans de vieilles chansons fran&#231;aises manuscrites (dont certaines datent du 13e si&#232;cle) le prouvent bien : il &#233;tait courant au Moyen &#194;ge d'employer des s&#233;ries d'onomatop&#233;es tr&#232;s pr&#233;cises fond&#233;es soit sur la technique ou sur la sonorit&#233; de diff&#233;rents instruments (fl&#251;te, cornemuse, violon, tambour, trompette, luth, etc...) pour en imiter le son. Parall&#232;lement aux exemples de chansons, Gilles Plante fait mention d'un trait&#233; italien en usage au 15e si&#232;cle et dans lequel on donne des indications sur les articulations &#224; employer pour jouer les instruments &#224; vent, dont la fl&#251;te &#224; bec. Ce trait&#233; recommande notamment la prononciation de tu tu tu pour les notes longues, turu turu pour les notes rapides, turelurelurelu pour les longues s&#233;ries de notes rapides, etc... Il faudrait &#234;tre aveugle pour ne pas voir les liens &#233;vidents entre ces sonorit&#233;s et le mot &#171; turlute &#187; lui-m&#234;me. Autre information tout aussi r&#233;v&#233;latrice : du c&#244;t&#233; des allemands, une m&#233;thode de fl&#251;te &#224; bec dat&#233;e du 18e si&#232;cle sugg&#232;re de remplacer les turelurelu trop difficiles &#224; prononcer pour les langues germaniques o&#249; le rr n'est pas roul&#233;, par des did'll did'll qui se prononcent sur le bout de la langue, pas tr&#232;s loin de la sonorit&#233; du rr roul&#233; finalement. Comment ne pas voir encore l&#224; des liens &#233;vidents entre ces sonorit&#233;s germaniques et le terme &#171; diddling &#187; pour les anglo-saxons et par cons&#233;quent, les liens entre la turlute et l'imitation du son de la fl&#251;te autant dans les langues latines que germaniques ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les recherches &#224; travers les dictionnaires fran&#231;ais que j'ai men&#233;es de mon c&#244;t&#233; ont grandement corrobor&#233; cette hypoth&#232;se que j'entretenais &#233;galement &#224; l'effet qu'&#224; l'origine, turluter voulait dire imiter le son de la fl&#251;te et que cette pratique pouvait remonter au Moyen &#194;ge. En effet, cette hypoth&#232;se m'&#233;tait venue &#224; l'esprit, avant m&#234;me de conna&#238;tre les recherches de Gilles Plante, &#224; travers l'analyse du texte d'une chanson bien connue de notre folklore intitul&#233;e Dans mon chemin turlurette&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'illustration en annexe de la chanson Dans mon chemin turlurette. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette chanson, que les folkloristes ont class&#233;e parmi les pastourelles, contient les refrains onomatop&#233;iques turlututu, turluron, turlurette, turlur&#233;. Les pastourelles, qui mettent en sc&#232;ne des aventures galantes entre bergers et berg&#232;res font souvent mention de la fl&#251;te, qui est leur instrument attitr&#233; (fl&#251;te, flageolet, flutiau, sifflet, etc...) Au dictionnaire Petit Robert, turlututu d&#233;signe &#224; la fois une onomatop&#233;e et le nom dialectal de la fl&#251;te. On sait &#233;galement que les pastourelles, comme tant d'autres chansons de notre tradition orale, trouvent leur source au Moyen &#194;ge. Non seulement leur versification, mais &#233;galement leurs th&#232;mes, leur style, leurs expressions symboliques ainsi que les moeurs et coutumes anciennes auxquelles elles font r&#233;f&#233;rence nous permettent en effet de les rattacher &#224; cette p&#233;riode&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Laforte, Conrad. Survivances m&#233;di&#233;vales dans la chanson folklorique, Qu&#233;bec, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sachant que la litt&#233;rature m&#233;di&#233;vale emploie un langage symbolique et que, par cons&#233;quent, les mots ont souvent des double-sens, on reconna&#238;t ais&#233;ment dans ces turlututu et autres onomatop&#233;es, un double-sens musical et &#233;rotique. Quand le berger, dans la chanson, demande &#224; la berg&#232;re si elle veut faire turlututu, il est &#233;vident qu'il ne parle pas vraiment de jouer de la fl&#251;te mais plut&#244;t de lui faire l'amour. Or, il se trouve que dans le parler populaire des fran&#231;ais europ&#233;ens et en particulier dans l'argot parisien, le mot turluter a aussi une connotation sexuelle : ce mot signifie &#171; pratiquer la fellation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dictionnaire de l'Argot Larousse&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Je l'ai d'ailleurs appris &#224; mes d&#233;pens le jour o&#249; j'ai propos&#233; &#224; un groupe de parisiens venus m'entendre en concert de leur apprendre les techniques de base pour turluter ! Petits malaises et rires sous cape qui ne me disaient rien jusqu'&#224; ce qu'une qu&#233;b&#233;coise ayant v&#233;cu en France m'explique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reviendrai un peu plus tard sur la connotation sexuelle du mot turluter, mais retenons ici simplement qu'en Am&#233;rique fran&#231;aise, le mot n'a pas ce double-sens. En effet, tel que le sp&#233;cifie Mario B&#233;langer dans son&lt;i&gt; Petit Guide du parler qu&#233;b&#233;cois&lt;/i&gt;, turluter chez nous &#171; ne d&#233;signe pas du tout la fellation, comme dans le langage populaire fran&#231;ais &#187;, mais plut&#244;t &#171; fredonner, moduler quelques syllabes sur le bout de la langue &#187;. Les dictionnaires qu&#233;b&#233;cois que j'ai consult&#233;s lui donnent en effet un sens strictement musical Bergeron, L&#233;andre,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dictionnaire de la langue qu&#233;b&#233;coise. Mercey, Lionel, Dictionnaire qu&#233;b&#233;cois (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais plus int&#233;ressantes encore sont les deux d&#233;finitions suivantes apparaissant dans des dictionnaires de parlers populaires fran&#231;ais : turluter signifie &#171; contrefaire le son du flageolet &#187; (&lt;i&gt;Glossaire du centre de la France&lt;/i&gt; de Jaubert) ou encore &#171; chanter mod&#233;r&#233;ment en imitant le flageolet &#187; (&lt;i&gt;Tr&#233;sor du parler percheron&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans tous les dictionnaires de fran&#231;ais conventionnels que j'ai pu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voil&#224; des d&#233;finitions qui valident bien l'hypoth&#232;se, &#233;galement d&#233;montr&#233;e par Gilles Plante, selon laquelle turluter signifie &#224; l'origine, chez nos cousins fran&#231;ais, l'imitation du son de la fl&#251;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans mon chemin turlurette&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
(chant&#233; par Alphone Morneau, sur&lt;br class='autobr' /&gt;
Acadie-Qu&#233;bec, 3 premiers couplets)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Dans mon chemin, j'ai fait rencontre&lt;br class='manualbr' /&gt;d'une vieille&#8230; turlututu&lt;br class='manualbr' /&gt;D'une vieille&#8230; turluron, turlurette&lt;br class='manualbr' /&gt;D'une vieille&#8230; turluron, turlur&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;D'une vieille&#8230; rare beaut&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je lui ai dit, jolie berg&#232;re, voudrais-tu&lt;br class='manualbr' /&gt;faire&#8230; turlututu&lt;br class='manualbr' /&gt;Voudrais-tu faire&#8230; turluron, turlurette&lt;br class='manualbr' /&gt;Voudrais-tu faire&#8230; turluron, turlur&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;Voudrais-tu&#8230; m'embrasser ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; La belle a pris sa quenouillette, c'&#233;tait&lt;br class='manualbr' /&gt;pour m'en&#8230; turlututu&lt;br class='manualbr' /&gt;C'&#233;tait pour m'en&#8230; turluron,&lt;br class='manualbr' /&gt;turlurette&lt;br class='manualbr' /&gt;C'&#233;tait pour m'en&#8230; turluron, turlur&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'&#233;tait pour m'en&#8230; frapper.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(variantes des 3 derniers couplets de la m&#234;me chanson intitul&#233;e &lt;i&gt;Turlututu&lt;/i&gt; publi&#233;e par J&#233;r&#244;me Bujeauld dans &lt;i&gt;Chants et Chansons populaires des provinces de l'Ouest&lt;/i&gt;, Tome second, p. 316.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; Tout beau, tout beau, jeune berg&#232;re,&lt;br class='manualbr' /&gt;je suis votre&#8230; turlututu (bis)&lt;br class='manualbr' /&gt;Je suis votre&#8230; mironton tontaine,&lt;br class='manualbr' /&gt;Je suis votre&#8230; berger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon berger ne porte point d'arme, ni&lt;br class='manualbr' /&gt;d'&#233;p&#233;e au&#8230; turlututu (bis)&lt;br class='manualbr' /&gt;Ni d'&#233;p&#233;e au&#8230; mironton tontaine,&lt;br class='manualbr' /&gt;Ni d'&#233;p&#233;e au&#8230; c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon berger n'porte qu'une fl&#251;te, c'est&lt;br class='manualbr' /&gt;pour me faire&#8230; turlututu (bis)&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pour me faire&#8230; mironton&lt;br class='manualbr' /&gt;tontaine,&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est pour me faire&#8230; danser !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivant mon voyage &#224; travers les dictionnaires, j'ai accumul&#233; d'autres renseignements qui m'ont permis de confirmer les origines m&#233;di&#233;vales de la turlute. Cette recherche m'a &#233;galement fait d&#233;couvrir des liens entre la turlute et d'autres pratiques musicales tout en comprenant mieux l'origine du double-sens, musical et &#233;rotique, qui s'y rattache. Notons ici que les dictionnaires constituent des t&#233;moignages fiables du point de vue historique puisque les mots qui y sont relev&#233;s sont g&#233;n&#233;ralement d'usage courant et font, par cons&#233;quent, r&#233;f&#233;rence &#224; des pratiques culturelles courantes &#224; des p&#233;riodes donn&#233;es. Ainsi, un mot qui se trouve au dictionnaire ne peut que confirmer l'existence d'une pratique qui a d'ailleurs pu exister bien avant l'apparition du mot lui-m&#234;me au dictionnaire. De la m&#234;me fa&#231;on, on verra que les mots qui se trouvent dans les chansons traditionnelles sont aussi de pr&#233;cieux t&#233;moins et surtout, contrairement &#224; ce qu'on pourrait croire, ils sont rarement d&#233;pourvus de sens, m&#234;me si, &#224; prime abord, ils peuvent nous sembler incompr&#233;hensibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Turlututu, turluron, turlurette, turlur&#233;, tirelire, tirelirette, toureloure, tourelourette&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partons donc de certaines onomatop&#233;es contenues dans les chansons qui se rapprochent particuli&#232;rement des mots turlute et turluter. Nous venons d'&#233;tablir, en examinant le texte de la pastourelle Dans mon chemin turlurette, que turlututu, turluron, turlurette, turlur&#233; sont des onomatop&#233;es qui imitent le son de la fl&#251;te. On suppose &#233;galement que celles-ci ont un double-sens : elles agissent &#224; la fois &#224; titre d'onomatop&#233;es imitant la fl&#251;te et &#224; titre de refrain pour d&#233;signer une action &#224; caract&#232;re sexuel qu'on ne veut pas nommer directement. Ces propos sont non seulement confirm&#233;s mais compl&#233;t&#233;s par plusieurs dictionnaires. On apprend notamment que le mot turlurette, en usage d&#232;s le 12e si&#232;cle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le Petit Robert, le mot &#224; l'origine &#233;tait turluete&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#233;signait autrefois non seulement un refrain de chanson mais tout aussi bien un flageolet, une cornemuse, une vielle ou encore une sorte de guitare, selon les &#233;poques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Ancienne langue fran&#231;aise&lt;/i&gt; de Fr&#233;d&#233;ric Godefroy r&#233;sume bien ce qu'on trouve dans presque tous les dictionnaires : &#171; flageolet et en g&#233;n&#233;ral toute esp&#232;ce d'instruments de musique, &#224; l'usage des chanteurs ambulants &#187;. Selon la plupart des dictionnaires consult&#233;s, turlurette d&#233;signe donc :&lt;br class='manualbr' /&gt;1) un instrument de musique qui &#224; l'origine est un flageolet&lt;br class='manualbr' /&gt;2) l'onomatop&#233;e pour l'imiter et&lt;br class='manualbr' /&gt;3) un refrain apparemment vide de sens qui sert de mot-cache pour un mot &#224; caract&#232;re &#233;rotique qu'on ne veut pas prononcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En remontant encore plus loin dans le temps avec l'&#233;tymologie du mot, on verra, d'une part, que ce mot est loin d'&#234;tre vide de sens &#224; l'origine et que, d'autre part, son sens &#233;rotique n'est pas le fruit du hasard mais fait bel et bien partie de ses origines sanscrites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon C. Toubin, sp&#233;cialiste en &#233;tymologie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toubin, C. Le Dictionnaire &#201;tymologique de la langue fran&#231;aise&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le mot turlurette, tel qu'employ&#233; dans les vieilles chansons fran&#231;aises para&#238;t form&#233; du mot sanscrit &#171; tur &#187; pour aimer ou aller vers, lequel serait devenu en langue ga&#233;lique &#171; daor &#187; et en anglais &#171; dear &#187; ; le mot &#171; lur &#187; quant &#224; lui nous ram&#232;ne, toujours en sanscrit, &#224; &#171; joli gar&#231;on, jolie fille, belle femme &#187;. En vieux fran&#231;ais, un &#171; luron &#187; est un jeune gar&#231;on et une &#171; lurette &#187; une &#171; jolie, toute belle &#187;. Toubin consid&#232;re donc que dans les refrains des vieilles chansons fran&#231;aises, turelure veut dire &#171; ch&#232;re belle &#187;, turlurette &#171; ch&#232;re petite belle &#187; puisqu'il s'agit d'un diminutif, ma turlurette &#171; ma ch&#232;re petite belle &#187; et finalement &#171; ma tanturlurette &#187; &#171; ma tant ch&#233;rie, toi que j'aime tant &#187;. On voit donc que ces onomatop&#233;es, tout en imitant le son de la fl&#251;te, sont loin d'&#234;tre d&#233;pourvues de sens et qu'au contraire, elles font partie d'un langage amoureux qui &#233;tait fort bien compris au Moyen &#194;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve plusieurs autres mots apparent&#233;s &#224; turluter qui ont &#224; la fois une signification musicale et &#233;rotique. Par exemple, au 19e si&#232;cle le mot turlututu d&#233;signait le p&#233;nis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cellard, Roy, Dictionnaire du fran&#231;ais non conventionnel, ; Delamarre, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais il d&#233;signait aussi, selon d'autres dictionnaires, soit une fl&#251;te, un refrain de chanson, une onomatop&#233;e, une interjection de moquerie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lebrun, Dictionnaire &#233;tymologique. Chambure, Eug&#232;ne de, Glossaire du Morvan. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On trouve aussi, dans quelques dictionnaires anciens ou dialectaux, les mots tirelire, tirelirette, toureloure et tourelourette, onomatop&#233;es fr&#233;quentes dans nos chansons traditionnelles &#224; double-sens. Ces mots apparaissent aussi dans la plupart des dictionnaires de vieux fran&#231;ais comme &#233;tant synonymes de turelure ou turelurette pour d&#233;signer la cornemuse. Mais au 19e si&#232;cle, tirelire et tirelirette d&#233;signaient aussi le sexe de la femme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Delamarre Dictionnaire de la langue gauloise&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On trouve aussi tirliberly pour p&#233;nis au 18e si&#232;cle, mais il peut s'agir aussi selon certains &#171; d'un refrain vide de sens et donc, qui sert &#224; d&#233;signer une chose que l'on ne veut pas nommer &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Delamarre Dictionnaire de la langue gauloise&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Encore une fois, l'examen attentif des textes de chansons ainsi que des recherches pouss&#233;es &#224; travers les dictionnaires &#233;tymologiques le prouvent bien : ces refrains sont loin d'&#234;tre vides de sens et viennent au contraire renforcer la signification &#233;rotique des textes de chansons. &#192; titre d'illustration, cette chanson intitul&#233;e &lt;i&gt;La nuit de noces&lt;/i&gt; que le groupe La Bottine souriante avait interpr&#233;t&#233;e au cours des ann&#233;es '70&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le texte de La nuit de noces, en annexe&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les onomatop&#233;es tire lire lire et toure loure loure ne laissent ici aucun doute sur l'activit&#233; &#224; caract&#232;re sexuel dont on veut parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le plus beau jour que j'ai eu dans ma vie&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est ben celui que j'&#233;pousai mamie&lt;br class='manualbr' /&gt;J'&#233;tais nerveux je faisais des folies&lt;br class='manualbr' /&gt;J'n'avais pas ferm&#233; l'oeil de la nuit&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour prendre mon tire lire lire&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour prendre mon toure loure loure&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour prendre mon tour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la journ&#233;e tout l'monde s'est&lt;br class='manualbr' /&gt;bien amus&#233;&lt;br class='manualbr' /&gt;Y avait d'la bi&#232;re, du scotch, aussi&lt;br class='manualbr' /&gt;du brandy&lt;br class='manualbr' /&gt;Tout l'monde venait embrasser ma&lt;br class='manualbr' /&gt;bien-aim&#233;e&lt;br class='manualbr' /&gt;Moi je m'disais qu'apr&#232;s la veill&#233;e&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce s'rait mon tire lire lire&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce s'rait mon toure loure loure&lt;br class='manualbr' /&gt;Ce s'rait mon tour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais bien h&#226;te qu'la veill&#233;e soit finie&lt;br class='manualbr' /&gt;Afin d'pouvoir &#234;tre seul avec mamie&lt;br class='manualbr' /&gt;J'ai eu ma chance vers les minuit et d'mi&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s qu'tout l'monde soit parti&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour prendre mon tire lire lire&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour prendre mon toure loure loure&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour prendre mon tour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On commence par se donner des&lt;br class='manualbr' /&gt;baisers&lt;br class='manualbr' /&gt;Ensuite a bien fallu se d&#233;shabiller&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour moi franchement je n'&#233;tais pas&lt;br class='manualbr' /&gt;g&#234;n&#233;&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;Je fus le premier &#224; me coucher&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour prendre mon tire lire lire&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour prendre mon toure loure loure&lt;br class='manualbr' /&gt;Pour prendre mon tour&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certaines expressions employ&#233;es en vieux fran&#231;ais illustrent &#233;galement l'anciennet&#233; de la signification &#233;rotique de ces onomatop&#233;es : &#171; un Robin turelure &#187; ou un &#171; Jenin turlurette &#187; est un mari dont on se joue selon le Dictionnaire de l'Ancienne langue fran&#231;aise de Fr&#233;d&#233;ric Godefroy. On dit aussi &#171; un mari turlurette &#187;, selon le &lt;i&gt;Petit Dictionnaire de l'Ancien fran&#231;ais&lt;/i&gt; de Hilaire Van Daele. Une &#171; turelurette &#187; se dit &#233;galement d'une fille &#233;tourdie, d'une grisette selon plusieurs dictionnaires d'ancien fran&#231;ais, dont le &lt;i&gt;Dictionnaire &#233;tymologique de la langue wallonne&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Turlu, turlut&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre mot d&#233;riv&#233; du mot turlute a retenu mon attention : le mot turlu ou turlut. Celui-ci, orthographi&#233; d'une fa&#231;on ou de l'autre, d&#233;signe en argot, le vagin ou encore les r&#232;gles de la femme &#171; &lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle a ses turlus &#187; dans le Tr&#233;sor du parler percheron&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce qui ne nous &#233;tonne gu&#232;re compte tenu de la connotation sexuelle du mot turlute et de ses d&#233;riv&#233;s, dans les parlers populaires. Mais il d&#233;signe aussi, toujours en argot, le t&#233;l&#233;phone, &#171; donne-moi un coup de turlu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Allouf, et autres. Dictionnaire de l'Argot Larousse&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous voil&#224; donc avec une onomatop&#233;e des temps modernes, la sonnerie du t&#233;l&#233;phone. Mais dans les parlers populaires de plusieurs provinces fran&#231;aises, comme nous le verrons maintenant, turlut d&#233;signe aussi un oiseau, soit un courlis, un &#233;chassier ou le plus fr&#233;quemment, une sorte d'alouette. On constate donc, encore ici, comment un seul et m&#234;me mot, toujours apparent&#233; au mot turlute, rev&#234;t diff&#233;rentes significations qui tournent toujours, selon les &#233;poques et les contextes, autour de trois sens possibles : &#233;rotique, onomatop&#233;ique et musical. Les sens &#233;rotique et onomatop&#233;ique apparaissant &#233;vidents selon les dictionnaires de parlers populaires, voyons maintenant comment ce mot nous ram&#232;ne &#224; des pratiques musicales associ&#233;es aux chants des oiseaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les liens entre le turlut en tant qu'oiseau et la turlute au sens musical sont mentionn&#233;s dans plusieurs dictionnaires, notamment avec la d&#233;finition suivante : &#171; d&#233;riv&#233; du chant de l'alouette cujelier nomm&#233;e &#171; turlut &#187; (...) reste &#224; savoir si le nom qui est relativement r&#233;cent n'a pas &#233;t&#233; tir&#233; de turluter qui est ancien &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chambure, Eug&#232;ne de. Glossaire du Morvan&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le &lt;i&gt;Dictionnaire des r&#233;gionalismes de Saint-Pierre-et-Miquelon&lt;/i&gt; (notez que c'est le seul dictionnaire o&#249; j'ai vu le mot turlutter orthographi&#233; avec deux tt) : &#171; Ce verbe est bien attest&#233; &#224; travers le Qu&#233;bec et l'Acadie pour &#171; gazouiller &#187; appliqu&#233; aux oiseaux ou pour fredonner en parlant des humains. En France, on lui donne, aux 18e et 19e si&#232;cles, l'acception d'imiter le chant du turlut et dans les parlers dialectaux essentiellement du Centre et de l'Ouest, celles de fredonner, siffloter &#187;. Le &lt;i&gt;Dictionnaire des canadianismes Larousse&lt;/i&gt; va dans le m&#234;me sens : &#171; gazouiller, piailler, &#171; les merles turlutent t&#244;t le matin &#187;. Le &lt;i&gt;Glossaire acadien&lt;/i&gt; de Poirier fait pour sa part r&#233;f&#233;rence aux sifflements humains : &#171; fredonner un air, chanter comme un oiseau, siffloter &#187;. Les Acadiens louisiannais et leur parler lui donne aussi le sens de &#171; siffler un air &#187;. Toutes ces d&#233;finitions nous mettent donc sur une autre piste int&#233;ressante, tr&#232;s apparent&#233;e &#224; l'imitation d'instruments de musique : celle de l'imitation du chant des oiseaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imitation du chant des oiseaux par l'humain est probablement un ph&#233;nom&#232;ne vieux comme le monde qui doit exister dans bien des cultures. Il existe aussi des liens entre la turlute et le chant des oiseaux que nous allons maintenant tenter d'illustrer. Tout d'abord, Gilles Plante a relev&#233;, &#224; ce sujet, des informations tr&#232;s int&#233;ressantes qui d&#233;montrent bien ces liens entre l'imitation des instruments de musique et l'imitation du chant des oiseaux par les humains. Celui-ci a en effet relev&#233; dans les textes de vieilles chansons fran&#231;aises du 13e si&#232;cle, des onomatop&#233;es qui imitent les chants d'oiseaux : lire lire liron pour l'imitation du chant de l'alouette et tiri tiri tiki tiki pour le rossignol. Il note aussi que les onomatop&#233;es lire lire liron sont fr&#233;quemment employ&#233;es, &#224; cette m&#234;me &#233;poque, pour l'imitation du son du violon et de la cornemuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Turlutaine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_165 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://mnemo.qc.ca/local/cache-vignettes/L242xH302/Serinette-00f47.jpg?1733706004' width='242' height='302' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour explorer davantage les liens entre les oiseaux et la turlute, le mot turlutaine apporte d'autres informations &#233;clairantes. Ce mot, qu'on emploie encore aujourd'hui aussi bien en France qu'au Qu&#233;bec d&#233;signe, selon le &lt;i&gt;Petit Robert&lt;/i&gt;, &#171; une manie, une marotte, un propos sans cesse r&#233;p&#233;t&#233; &#187;. Jusque l&#224;, aucun lien particulier avec les oiseaux, mais c'est du c&#244;t&#233; de l'&#233;tymologie qu'il faut aller pour en trouver. Le mot existait d&#232;s le 12e si&#232;cle et a pu d&#233;signer une onomatop&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Guiraud, P. Dictionnaire des &#201;tymologies obscures&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou un instrument de musique, soit une serinette. Une serinette est une petite orgue &#224; manivelle, sorte d'orgue de Barbarie, tr&#232;s petite et g&#233;n&#233;ralement de mauvaise qualit&#233; dont on se sert pour apprendre des airs aux oiseaux chanteurs, plus particuli&#232;rement aux serins,&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chambure, Eug&#232;ne de, Glossaire du Morvan ; Dasnoy, J.B. Dictionnaire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'o&#249; le terme serinette, relev&#233; lui-m&#234;me au 18e si&#232;cle, donc relativement moderne. Selon le dictionnaire &lt;i&gt;Patois et parlers de l'Anjou&lt;/i&gt;, &#171; les serinettes et orgues de Barbarie &#233;taient appel&#233;es des turlutaines &#187;, ce qui laisse supposer l'anciennet&#233; de l'instrument lui-m&#234;me qui, avant le 18e si&#232;cle, s'appelait turlutaine plut&#244;t que serinette. Toubin fait le lien entre la signification contemporaine et ancienne du mot turlutaine : &#171; du sanscrit &#171; tura &#187; instrument de musique et &#171; lut &#187; rouler, pris dans le sens de tourner, tourner une manivelle. Par extension, paroles qu'on r&#233;p&#232;te sans cesse, les joueurs d'orgue et de serinette ayant un r&#233;pertoire peu vari&#233; et, par une nouvelle extension, manie, marotte. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toubin, C. Dictionnaire &#201;tymologique de la langue fran&#231;aise&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Voil&#224; donc des renseignements int&#233;ressants &#224; la fois sur l'&#233;volution du mot turlutaine et sur le fait que des &#233;changes musicaux entre les humains et les oiseaux existent depuis fort longtemps sans doute : si l'homme imite l'oiseau en sifflant ou en chantant des onomatop&#233;es, l'inverse est aussi vrai, c'est-&#224;-dire que l'humain peut apprendre des airs aux oiseaux puisqu'il existe des instruments de musique sp&#233;cialement destin&#233;s &#224; leur apprendre des m&#233;lodies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On constate &#233;galement des liens entre sifflements humains et turlutes des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique : en France comme au Canada fran&#231;ais, il existe une pratique relativement bien r&#233;pandue qui consiste &#224; siffler des airs de danse. J'en ai moi-m&#234;me &#233;t&#233; t&#233;moin, lors de mes enqu&#234;tes sur la chanson traditionnelle &#224; la fin des ann&#233;es '70 dans la r&#233;gion de Lanaudi&#232;re, alors que j'&#233;tais &#224; la recherche de quelqu'un qui aurait pu me turluter des airs. On m'a alors envoy&#233;e chez cet individu qui sifflait des airs. Aux Archives de Folklore de l'Universit&#233; Laval, j'ai &#233;galement eu l'occasion d'entendre des enregistrements sonores de plusieurs airs de reel siffl&#233;s, ins&#233;r&#233;s d'ailleurs entre des &#171; reels &#224; bouche &#187;. Du c&#244;t&#233; europ&#233;en, j'ai pris connaissance derni&#232;rement de la magnifique production sonore sur disque compact, &#171; &lt;i&gt;Charmeurs d'oiseaux et siffleurs de danses&lt;/i&gt; &#187;, un ouvrage fort bien document&#233; et r&#233;alis&#233; par un collectif d'ethnologues fran&#231;ais de la r&#233;gion m&#233;diterran&#233;enne. On peut y entendre notamment des gens sp&#233;cialis&#233;s dans l'imitation de chants d'oiseaux et &#233;galement des &#171; siffleurs &#187; d'airs &#224; danser. Tous ces documents d'archives d&#233;montrent bien que le sifflement fait partie de nos traditions musicales, m&#234;me si on trouve plus rarement ce genre d'expression musicale de nos jours. Le fait qu'on trouve dans plusieurs dictionnaires le mot turluter pour d&#233;signer l'action de siffler ou d'imiter le chant des oiseaux d&#233;montrent bien les liens entre ces deux pratiques traditionnelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de conclure sur les origines de notre turlute, j'aimerais aborder une derni&#232;re question : celle des fonctions de la turlute, notamment celle de son rapport avec une autre activit&#233; traditionnelle importante qui est la danse. La l&#233;gende acadienne disait, rappelons-le, que la turlute avait &#233;t&#233; invent&#233;e pour conserver les airs traditionnels. Au Qu&#233;bec, c'est un fait bien connu, les airs traditionnels ne sont pas faits pour &#234;tre &#233;cout&#233;s passivement, mais bien pour accompagner la danse (ce qui n'est pas n&#233;cessairement le cas pour tous les airs traditionnels d'&#201;cosse et d'Irlande par exemple). J'ai souvent entendu dire, bien que je n'en aie jamais &#233;t&#233; t&#233;moin, qu'en Acadie et au Qu&#233;bec, on a dans&#233; des sets complets au son des turlutes. Personnellement, j'ai toujours un peu de difficult&#233; &#224; imaginer un turluteur faisant danser un groupe de personnes dans un set qui peut durer jusqu'&#224; 20 minutes. A-t-on id&#233;e du souffle que cela lui prendrait pour une telle performance ? La chose n'est peut-&#234;tre pas impossible cependant car j'ai entendu moi-m&#234;me, aux Archives de Folklore de l'Universit&#233; Laval, des enregistrements de &#171; reels &#224; bouche &#187; qu'on avait intitul&#233;s du m&#234;me nom que les parties de danse : les 4 coins, la balance, la grande cha&#238;ne des dames, la galope et d'autres extraits nomm&#233;s la bastringue et la grande gigue simple. Mais le chanteur ne turlutait jamais plus de 20 ou 30 secondes &#224; la fois pour chacun des extraits et semblait, effectivement, &#224; bout de souffle. Par contre, Jean-Pierre Joyal, sp&#233;cialiste du violon traditionnel qu&#233;b&#233;cois, affirme avoir entendu des informateurs raconter qu'autrefois, ils &#171; dansaient sur la gueule &#187;. On appelle aussi parfois, selon des documents conserv&#233;s aux Archives de Folklore, les &#171; reels &#224; bouche &#187; des &#171; reels &#224; goule &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notez qu'aux Archives de Folklore, j'ai rarement vu le terme &#171; turlute &#187;. On (&#8230;)&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On a donc peut-&#234;tre, &#224; l'occasion, dans&#233; des sets complets au son des turlutes, bien que je n'aie jamais retrouv&#233; de documentation d&#233;taill&#233;e sur le sujet. Ce qui est plus certain, c'est le fait que la turlute ait pu servir comme accompagnement musical pour la gigue traditionnelle. J'ai en effet entendu moi-m&#234;me quelques enregistrements d'archives qui ne laissent aucun doute l&#224;-dessus : on saisit clairement les accords de pieds du gigueur et ceux de la personne qui turlute, les deux se distinguant et la performance dure au moins deux ou trois minutes, soit la dur&#233;e normale d'une gigue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne saurais conclure cet article sur la turlute sans faire mention de Madame Bolduc qui repr&#233;sente un mod&#232;le parfait, et m&#234;me un mod&#232;le de virtuosit&#233; dans l'art de la turlute qu'elle a pouss&#233;e au maximum et surtout, qu'elle a popularis&#233;e par le biais de ses propres disques vendus en grandes quantit&#233;s. Madame Bolduc, &#224; elle seule, r&#233;sume bien l'histoire de la turlute telle qu'on l'a d&#233;velopp&#233;e en Am&#233;rique fran&#231;aise : turluter chez nous signifie essentiellement faire des onomatop&#233;es pour imiter le son du violon. Le violon est, comme chacun sait, l'instrument par excellence de notre folklore et c'est autour du r&#233;pertoire jou&#233; par nos violoneux que la turlute s'est d&#233;velopp&#233;e au Canada fran&#231;ais, sans aucun doute chez les Acadiens d'abord, suite &#224; la Conqu&#234;te. On connaissait fort probablement la turlute sous le R&#233;gime fran&#231;ais, compte tenu de ses origines m&#233;di&#233;vales, mais il appara&#238;t fort plausible que l'absence d'instruments de musique chez les canadiens fran&#231;ais, pour diff&#233;rentes raisons, ait favoris&#233; une pratique plus pouss&#233;e de la turlute, fortement influenc&#233;e par les &#233;changes avec les &#233;cossais et les irlandais, eux-m&#234;mes adeptes de traditions turlut&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Madame Bolduc, celle-ci &#233;tait elle-m&#234;me, avant d'&#234;tre chanteuse, violoneuse et par surcro&#238;t d'origine acadienne du c&#244;t&#233; maternel et anglo-irlandaise du c&#244;t&#233; paternel. Elle avait donc, d'une part, parfaitement int&#233;gr&#233; le &#171; swing &#187; si caract&#233;ristique du violon qu&#233;b&#233;cois, ma&#238;trisant la rythmique, le coup d'archet et l'ornementation qui s'entendent parfaitement dans ses performances turlut&#233;es. D'autre part, les sonorit&#233;s qu'elle emploie apparaissent effectivement tant&#244;t bien fran&#231;aises, avec des tara tara tar&#233; qui font bien rouler les rr, avec des diddle diddle di dam qui rappellent le &#171; diddle &#187; &#233;cossais et beaucoup de litel litel lit qui s'approchent du &#171; lilting &#187; irlandais. Sa capacit&#233; d'improviser et m&#234;me d'inventer de nouvelles sonorit&#233;s (tchike tchike boum, tatarelitoum, araroum ti toum, etc...) n'a d'&#233;gal que son immense talent pour la composition de textes qui &#171; sonnent &#187; bien autant du point de vue des paroles que de la musique, laquelle utilise ou s'inspire des airs traditionnels de violon tir&#233;s des r&#233;pertoires qu&#233;b&#233;cois, irlandais et &#233;cossais en grande partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs ont cru que Madame Bolduc avait invent&#233; la turlute, mais il ne fait maintenant aucun doute que cette pratique faisait d&#233;j&#224; partie des moeurs musicales des violoneux de l'&#233;poque. Et qui sait si anciennement, &#224; l'&#233;poque de la Nouvelle-France, la turlute se chantait avec des onomatop&#233;es se rapprochant davantage de la sonorit&#233; de la fl&#251;te ? Une chose est certaine : la turlute, telle qu'on la pratique actuellement chez nous, appara&#238;t nettement comme un m&#233;lange provenant &#224; la fois de vieilles traditions fran&#231;aises, d'influences celtiques &#233;cossaises et irlandaises et de l'immense cr&#233;ativit&#233; de nos gens qui ont d&#233;velopp&#233; une fa&#231;on tr&#232;s originale de chanter les airs de violon traditionnel. Il ne nous reste &#224; pr&#233;sent qu'&#224; souhaiter longue vie &#224; la turlute qui gagne de plus en plus de popularit&#233; &#224; l'heure actuelle chez nos chanteurs et musiciens traditionnels. Beaucoup de succ&#232;s &#224; tous les turluteurs de chez nous qui exploitent leur cr&#233;ativit&#233; et leurs talents musicaux &#224; travers ce langage musical qui a fait et continuera certainement de faire ses preuves &#224; travers le temps et l'espace. Puissent &#233;galement ces quelques informations ouvrir la porte aux &#233;changes, discussions et d&#233;couvertes &#224; partager avec d'autres chercheurs aussi passionn&#233;s par ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans faire une recherche exhaustive &#224; travers les dictionnaires, je n'ai tout de m&#234;me pas n&#233;glig&#233; la vari&#233;t&#233; de mes sources : dictionnaires de fran&#231;ais moderne, de moyen-fran&#231;ais, de vieux-fran&#231;ais, dictionnaires &#233;tymologiques, dictionnaires de parlers populaires qu&#233;b&#233;cois, dialectaux, argotiques et m&#234;me quelques dictionnaires &#233;rotiques&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Berman, Sharon. &lt;i&gt;The turlute of Qu&#233;bec : nonsense that speaks for itself&lt;/i&gt;, m&#233;moire de ma&#238;trise d&#233;pos&#233; &#224; la Facult&#233; de Musique de l'Universit&#233; de Montr&#233;al, mai 1994&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En &#233;cossais, le mot &#171; port &#187; veut dire air instrumental et le mot &#171; beul &#187;, bouche. Le terme &#171; reel &#224; bouche &#187;, employ&#233; fr&#233;quemment dans le milieu traditionnel francophone (et rarement le mot turlute a-t-on not&#233;), est fort probablement une traduction du mot &#171; port-a-beul&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Madame Bolduc est probablement le meilleur exemple de cette combinaison de sonorit&#233;s celtiques et fran&#231;aises dans la fa&#231;on de turluter. Nous y reviendrons un peu plus loin&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Plante, Gilles. &lt;i&gt;Qu'est-ce que la turlutte&lt;/i&gt; ?, Bulletin Mn&#233;mo, vol. 7, no 3, Hiver 2003, p. 1-4, 8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir l'illustration en annexe de la chanson &lt;i&gt;Dans mon chemin turlurette&lt;/i&gt;. Cette chanson a &#233;t&#233; endisqu&#233;e sur le c&#233;l&#232;bre disque &lt;i&gt;Acadie et Qu&#233;bec&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Laforte, Conrad. &lt;i&gt;Survivances m&#233;di&#233;vales dans la chanson folklorique&lt;/i&gt;, Qu&#233;bec, PUL 1981&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire de l'Argot Larousse&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Dictionnaire de la langue qu&#233;b&#233;coise&lt;/i&gt;. Mercey, Lionel, &lt;i&gt;Dictionnaire qu&#233;b&#233;cois fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dans tous les dictionnaires de fran&#231;ais conventionnels que j'ai pu consulter, je n'ai jamais vu les mots &#171; turlute &#187; ou &#171; turluter &#187; figurer&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Selon &lt;i&gt;le Petit Robert&lt;/i&gt;, le mot &#224; l'origine &#233;tait turluete&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toubin, C. &lt;i&gt;Le Dictionnaire &#201;tymologique de la langue fran&#231;aise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cellard, Roy, &lt;i&gt;Dictionnaire du fran&#231;ais non conventionnel&lt;/i&gt;, ; Delamarre, &lt;i&gt;Dictionnaire de la langue gauloise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lebrun, &lt;i&gt;Dictionnaire &#233;tymologique&lt;/i&gt;. Chambure, Eug&#232;ne de, &lt;i&gt;Glossaire du Morvan&lt;/i&gt;. Greimas A.J. &lt;i&gt;Dictionnaire du Moyen fran&#231;ais&lt;/i&gt;, et plusieurs autres dictionnaires&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Delamarre &lt;i&gt;Dictionnaire de la langue gauloise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Delamarre &lt;i&gt;Dictionnaire de la langue gauloise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le texte de &lt;i&gt;La nuit de noces&lt;/i&gt;, en annexe&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle a ses turlus &#187; dans le &lt;i&gt;Tr&#233;sor du parler percheron&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Allouf, et autres. &lt;i&gt;Dictionnaire de l'Argot Larousse&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chambure, Eug&#232;ne de. &lt;i&gt;Glossaire du Morvan&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Guiraud, P. &lt;i&gt;Dictionnaire des &#201;tymologies obscures&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chambure, Eug&#232;ne de, &lt;i&gt;Glossaire du Morvan&lt;/i&gt; ; Dasnoy, J.B. &lt;i&gt;Dictionnaire Wallon-Fran&#231;ais pour la province de Luxembourg et autres contr&#233;es voisines&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Toubin, C. &lt;i&gt;Dictionnaire &#201;tymologique de la langue fran&#231;aise&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Notez qu'aux Archives de Folklore, j'ai rarement vu le terme &#171; turlute &#187;. On emploie plut&#244;t &#171; reel &#224; bouche &#187;. Est-ce parce que les informateurs eux-m&#234;mes ne connaissaient que le terme &#171; reel &#224; bouche &#187; davantage apparent&#233; aux traditions celtiques plut&#244;t que turlute qui appara&#238;t plus ancien ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Chants et complaintes maritimes des Terres fran&#231;aises d'Am&#233;rique</title>
		<link>https://mnemo.qc.ca/bulletin-mnemo/article/chants-et-complaintes-maritimes-des-terres-francaises-d-amerique</link>
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		<dc:date>2009-11-19T13:49:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>JUTRAS Monique</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le Prix Mn&#233;mo 2001 a &#233;t&#233; attribu&#233; cette ann&#233;e &#224; la derni&#232;re production du Chasse-Mar&#233;e, maison d'&#233;dition fran&#231;aise qui se sp&#233;cialise depuis 1981 dans la publication d'anthologies de chants de marins, sous forme de recueils de chansons et de disques compacts. Il s'agit l&#224; du cinqui&#232;me cahier de chants de marins et du 16e volume des disques compacts de cette collection dont le th&#232;me porte, cette fois-ci, sp&#233;cifiquement sur les chants et complaintes maritimes des Terres fran&#231;aises d'Am&#233;rique. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://mnemo.qc.ca/bulletin-mnemo/" rel="directory"&gt;Bulletin Mn&#233;mo&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_129 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://mnemo.qc.ca/local/cache-vignettes/L500xH497/CarteCM-85426.png?1733706003' width='500' height='497' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Carte des Lieux Collect&#233;s
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le Prix Mn&#233;mo 2001 a &#233;t&#233; attribu&#233; cette ann&#233;e &#224; la derni&#232;re production du Chasse-Mar&#233;e, maison d'&#233;dition fran&#231;aise qui se sp&#233;cialise depuis 1981 dans la publication d'anthologies de chants de marins, sous forme de recueils de chansons et de disques compacts. Il s'agit l&#224; du cinqui&#232;me cahier de chants de marins et du 16e volume des disques compacts de cette collection dont le th&#232;me porte, cette fois-ci, sp&#233;cifiquement sur les chants et complaintes maritimes des Terres fran&#231;aises d'Am&#233;rique. On y retrouve donc des chansons provenant de l'Ontario, du Qu&#233;bec, de l'Acadie, de Terre-Neuve et m&#234;me de la Louisiane. Publi&#233; tout r&#233;cemment (malheureusement aucune date n'est indiqu&#233;e ni dans le cahier de chansons ni dans le livret d'accompagnement du disque) en collaboration avec ArMen, Radio-Canada - Cha&#238;ne culturelle, la SPDTQ et le CVPV, ce dernier-n&#233; de la collection de l'Anthologie des chants de mer nous r&#233;v&#232;le non seulement un tr&#232;s beau r&#233;pertoire de chansons et de complaintes &#224; caract&#232;re maritime diffus&#233;es de ce c&#244;t&#233;-ci de l'Atlantique mais &#233;galement tout un pan de l'histoire et de la culture fran&#231;aise d'Am&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Robert Bouthillier, ethnologue qu&#233;b&#233;cois bien connu chez nous et oeuvrant en France depuis une dizaine d'ann&#233;es, a &#233;t&#233; le ma&#238;tre d'oeuvre de cet ouvrage en collaboration avec Michel Colleu, l'&#226;me dirigeante du Chasse-Mar&#233;e. Cette magnifique anthologie ainsi que le disque compact regorgent d'informations de type historique et ethnologique pour mieux nous faire conna&#238;tre des pratiques culturelles et des &#233;v&#233;nements &#224; caract&#232;re maritime ayant marqu&#233; la vie des populations fran&#231;aises de la Nouvelle-France. Chercheurs et amateurs de chansons y trouveront &#233;galement nombre de renseignements concernant les collectes, la diffusion, les &#233;tudes et les publications de ce r&#233;pertoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le recueil contient la musique et les paroles de 63 chansons regroup&#233;es sous des sections th&#233;matiques : chansons &#171; de voyageurs &#187; &#224; avironner ; complaintes maritimes sous-divis&#233;es en trois cat&#233;gories, combat naval, navigations p&#233;rilleuses, naufrages et noyades ; chants &#171; du gaillard d'avant &#187; ; enl&#232;vements sur mer ; d&#233;part du marin. Chaque division fait l'objet d'un commentaire g&#233;n&#233;ral dans lequel l'auteur aborde sommairement, &#224; partir du contenu m&#234;me des chansons, diff&#233;rents sujets qui peuvent relever aussi bien de l'histoire que de l'ethnologie. Par exemple dans la section intitul&#233;e &#171; chansons &#171; de voyageurs &#187; &#224; avironner, quelques aspects de la vie des &#171; coureurs de bois &#187; sont d&#233;crits. On souligne le caract&#232;re fonctionnel des chansons utilis&#233;es pour rythmer la cadence des avirons et on donne la r&#233;f&#233;rence, fort pr&#233;cieuse pour les chercheurs, d'une des plus anciennes collections de chansons recueillies en Am&#233;rique du Nord (collection Ermatinger, datant du d&#233;but du XIXe si&#232;cle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans l'ensemble, les commentaires du recueil, concis, pr&#233;cis et int&#233;ressants &#224; lire, font &#233;tat des th&#232;mes et motifs r&#233;currents &#224; travers les diff&#233;rentes cat&#233;gories de chansons, amor&#231;ant ainsi une analyse sommaire du contenu litt&#233;raire des chansons. Par ailleurs, dans une section situ&#233;e &#224; la fin du recueil et intitul&#233;e R&#233;f&#233;rences des chansons, d'autres informations viennent s'ajouter, concernant soit les informateurs, les collectionneurs, les publications de diff&#233;rents chercheurs, la diffusion des chansons en Am&#233;rique et en Europe et, lorsqu'il y a lieu, les r&#233;f&#233;rences historiques des chansons, dates et lieux &#224; l'appui. On peut dire que la recherche autant que la r&#233;daction ont &#233;t&#233; men&#233;es d'une main de ma&#238;tre par les concepteurs de l'ouvrage. Pour plus de commodit&#233; au niveau de la consultation, j'aurais cependant pr&#233;f&#233;r&#233; que les renseignements contenus dans les R&#233;f&#233;rences aux chansons apparaissent dans la section anthologie, soit &#224; la suite des paroles et de la musique de chaque chanson plut&#244;t qu'aux derni&#232;res pages du recueil, car il devient laborieux et m&#234;me fastidieux de passer continuellement d'une section &#224; l'autre. Les chansons auraient &#233;galement pu &#234;tre num&#233;rot&#233;es ou appara&#238;tre dans un index par ordre alphab&#233;tique, ce qui aurait grandement facilit&#233; la consultation non seulement entre les sections du recueil mais aurait &#233;galement permis de faire plus facilement le lien avec les 20 chansons contenues sur le disque compact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, certaines chansons ne portant pas le m&#234;me titre dans le recueil et sur le disque, il n'est pas toujours facile de s'y retrouver. Par exemple, &lt;Le si&#232;ge de Qu&#233;bec&gt;, pi&#232;ce n&#176; 1 du disque porte le titre du &lt;G&#233;n&#233;ral de Flipe&gt; dans le recueil. Ou encore la chanson &lt;&#201;coutez la complainte&gt; s'intitule, dans le recueil, &lt;Le voyage vers la France&gt;. Heureusement, les titres critiques du &lt;Catalogue de la chanson folklorique&gt; de Conrad Laforte et m&#234;me ceux du fran&#231;ais Patrice Coirault sont indiqu&#233;s en r&#233;f&#233;rences dans le livret du disque et dans le recueil, ce qui permettra aux chercheurs d'effectuer le travail indispensable de comparaison entre les versions. Il faut souligner aussi la beaut&#233; des illustrations contenues dans le recueil aussi bien que dans le livret d'accompagnement du disque. De magnifiques gravures et photos de diff&#233;rentes &#233;poques, ins&#233;r&#233;es &#224; chaque page en ce qui concerne le recueil, repr&#233;sentent &#224; merveille les principaux th&#232;mes de ce corpus maritime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La production sonore est d'excellente qualit&#233;, et cela malgr&#233; le fait qu'on ait combin&#233; sur un m&#234;me disque des documents d'archives et des productions d'artistes professionnels enregistr&#233;es en temps et lieux diff&#233;rents. On doit cependant s'attendre, avec ce concept particulier, &#224; des r&#233;sultats in&#233;gaux du point de vue artistique. Personnellement, je n'aurais pas r&#233;uni sur le m&#234;me disque des documents d'archives, d'int&#233;r&#234;t strictement ethnologique &#224; mon avis, et des produits artistiques plus raffin&#233;s et con&#231;us pour le grand public. M&#234;me pour un auditeur averti et un amateur passionn&#233; de ce genre de chansons, dont je suis, ce n'est pas particuli&#232;rement facile d'ajuster son &#233;coute et son &#233;tat d'esprit pour passer par exemple de l'interpr&#233;tation magistrale et hautement sophistiqu&#233;e d'un groupe comme Suro&#238;t, &#224; celle d'un Cyrice Dufour interpr&#233;tant a capella &lt;La catastrophe de l'Empress of Ireland&gt; sur l'air du &lt;Minuit chr&#233;tien&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, et c'est ici une opinion toute personnelle, ce n'est pas &#224; l'avantage des authentiques porteurs de tradition de c&#244;toyer (dans une production sonore j'entends) des chanteurs disposant de ressources musicales plus &#233;labor&#233;es. Question de go&#251;t personnel sans doute et d'ailleurs, une fois pass&#233;es mes envies spontan&#233;es de &#171; zapper &#187; les pi&#232;ces d'archives aux premi&#232;res auditions du disque, j'ai trouv&#233; fort int&#233;ressant, en consultant le livret, de d&#233;couvrir que telle ou telle pi&#232;ce d'archives provenait soit de la collection de Harry Oster en Louisiane, ou de celle de Georges Arsenault de l'Acadie, de Dominique Gauthier ou de Lacourci&#232;re-Savard dans les ann&#233;es &#8216;50, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, outre l'int&#233;r&#234;t ethnologique des pi&#232;ces, ce disque contient des &#171; bijoux &#187; de chansons. Notamment, je &#171; craque &#187; &#224; tout coup pour des chansons comme celle du &lt;Corsaire Le Grand Hurleur&gt;, interpr&#233;t&#233;e dans le style cajun par la chanteuse louisianaise Marce Lacouture, ou encore &lt;Ce sont les enfants de Marseille&gt;, interpr&#233;t&#233;e 25 ans plus t&#244;t par Louise Forestier, &lt;le Navire de Bayonne&gt; par Raoul Roy et d'autres chansons aux m&#233;lodies accrocheuses que j'ai d&#233;couvertes ou red&#233;couvertes. Les amateurs de chansons traditionnelles seront certainement heureux de pouvoir entendre des pi&#232;ces in&#233;dites d'artistes qu'ils appr&#233;cient d&#233;j&#224; : Michel Faubert, Entourloupe, Jean-Claude Mirandette, Tess Leblanc, Marcel B&#233;n&#233;teau, Gabrielle Bouthillier, et m&#234;me le groupe fran&#231;ais Cabestan ainsi que d'autres artistes moins connus d'Ontario et de Terre-Neuve. Cependant, j'ai &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;tonn&#233;e, &#233;tant donn&#233; l'importance accord&#233;e &#224; la documentation &#233;crite de cette production, de ne pas retrouver dans le livret d'accompagnement du disque les paroles des chansons. D'autant plus que les textes de plusieurs chansons sont difficilement audibles &#224; l'&#233;coute du disque (et cela autant du c&#244;t&#233; de certains enregistrements d'archives que de ceux d'artistes professionnels !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre surprise concerne l'enregistrement de la chanson &#224; avironner &lt;Nous &#233;tions trois soldats&gt; de la fameuse collection Ermatinger par toute une &#233;quipe de chanteurs (r&#233;unis &#224; l'occasion du &#171; Camp des pays d'en-Haut &#187; organis&#233; &#224; l'&#233;t&#233; 2000 par la SPDTQ) qui ont eu l'excellente id&#233;e de faire revivre le travail d'avironneur de nos anciens voyageurs canadiens en empruntant un canot de 36 pieds reconstitu&#233; historiquement et en avironnant au rythme de la chanson. Cette initiative a d&#251; exiger toute une organisation et le r&#233;sultat sonore est r&#233;ussi car on entend tr&#232;s bien les coups d'aviron dans l'eau. Un seul probl&#232;me, mais qui m'appara&#238;t fondamental : il semble qu'on ait ram&#233; &#224; l'envers des temps forts de la m&#233;lodie en donnant le coup dans l'eau sur la lev&#233;e rythmique plut&#244;t que sur le pos&#233; ! Il faut dire que la rythmique de cette chanson n'appara&#238;t pas imm&#233;diatement (par rapport &#224; d'autres chansons beaucoup plus &#233;videntes comme par exemple &lt;C'est l'aviron qui nous m&#232;ne&gt;) du fait que la premi&#232;re lev&#233;e est pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une anacrouse (ou d'une petite lev&#233;e si l'on veut). Malgr&#233; tout, cette initiative audacieuse ouvre toute une avenue aux discussions, questionnements et recherches sur les pratiques et les fa&#231;ons de chanter de nos anciens voyageurs, dont il ne reste, pour ainsi dire, pas de t&#233;moignages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour conclure, cette production m&#233;ritait grandement d'&#234;tre honor&#233;e et on ne peut que saluer le travail de qualit&#233; de tous les intervenants de ce projet, &#224; commencer par les instigateurs et concepteurs Robert Bouthillier et Michel Colleu qui nous ont livr&#233; ici des documents fort pr&#233;cieux qui, &#224; l'instar de nos chansons traditionnelles, traverseront le temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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