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Ernest Gagnon, pionnier de la chanson traditionnelle

Vol. 4, no. 4, Printemps 2000

par LESSARD Denis

Ernest Gagnon est né en novembre 1834 à la Rivière-du-Loup, (aujourd’hui Louiseville). Cinquième enfant du notaire Charles-Édouard Gagnon, Ernest a vécu une enfance dans un milieu familial typique du siècle dernier : neuf enfants, richesse relative, piété et fidélité aux valeurs chrétiennes de l’époque. C’est aussi dans ce même milieu que le jeune Ernest a pu cultiver l’amour et le respect de sa langue maternelle, en plus d’hériter d’un goût marqué pour la musique. À cet égard, Thomas Chapais raconte comment l’arrivée d’un piano chez les Gagnon a considérablement orienté la vie du jeune garçon : "...Son premier contact avec l’harmonieux instrument le plongea dans l’extase... » [1]. On l’a même trouvé un soir endormi sur le tapis, la tête sur les pédales.

À la suite de ses études littéraires au collège de Joliette, il quitta son village pour poursuivre une formation musicale à Montréal. Trois ans plus tard, il était engagé comme organiste à l’église Saint-Jean-Baptiste de Québec. Il avait seulement 19 ans.

Professeur de musique lors de la fondation de l’école normale Laval (1857), il en prenait congé à l’automne de la même année pour un voyage de perfectionnement en France. C’est lors de ce séjour européen qu’il a pu rencontrer des personnages aussi célèbres que le maestro Rossini. Il a vécu alors des moments inoubliables au 7, rue de Voltaire en y recevant de nombreux compatriotes, dont Arthur Buies. Paris vivait à cette époque les moments les plus glorieux du règne de Napoléon III.

De retour au pays, Ernest Gagnon reprit son poste d’organiste à Saint-Jean-Baptiste, puis en 1864 à la cathédrale de Québec jusqu’en 1876. C’est durant ces années qu’il publia un recueil : « Chansons populaires du Canada ». C’est ce recueil qui devait le rendre célèbre et qui allait constituer l’une des premières contributions importantes à la collecte du patrimoine populaire.

Fondateur de l’Académie de musique de Québec, premier organisateur de l’Union musicale, membre de la Société des compositeurs de musique de Paris, Ernest Gagnon décroche en même temps une Licence du Dominion College of Music et reçoit un doctorat es Lettres de l’Université Laval. Enfin il est décoré Officier de l’Instruction publique de France et sera élu membre de la Société royale du Canada en 1903. Il a de plus exercé durant ces années de célébrité et d’honneurs la fonction de secrétaire particulier de monsieur de Boucherville, Premier Ministre de la Province de Québec. Par la suite, il travaillera à titre de secrétaire du ministère des Travaux publics jusqu’à sa retraite, soit pendant 30 ans. Il devait rendre l’âme en septembre 1915.

Ce que nous devons retenir de l’oeuvre d’Ernest Gagnon, c’est surtout sa publication « Chansons populaires du Canada » (1865) , rassemblant une centaine de pièces recueillies auprès des gens du commun. On peut y retrouver les berceuses, jeux et comptines qui ont sonné aux oreilles des petits, jusqu’aux ballades, chants de travail ou de voyageur. Mais ce qui constitue l’apport le plus intéressant dans ce recueil, c’est le grand nombre de références aux origines françaises de ces chants. De plus, Ernest Gagnon fait montre des principales qualités du chercheur : l’honnêteté et le souci du détail. Il considère en effet son livre comme « l’oeuvre de ce compositeur insaisissable qu’on appelle le peuple... » [2]. En outre, sa principale préoccupation a été de restituer ces chants tels qu’il les a entendus auprès des gens. Quant au souci du détail, Ernest Gagnon nous le démontre dans la description minutieuse des rituels et des circonstances qui accompagnent chaque chanson, sans oublier de nous livrer les anecdotes et les témoignages que lui ont livrés ses informateurs. Enfin il termine son ouvrage par un exposé savant sur la musique et sur ses rapports avec les chants populaires.

On pourrait à juste titre prétendre que ce travail de pionnier allait inspirer nombre de chercheurs dont Marius Barbeau. À la suite de cette publication, Ernest Gagnon peut certes revendiquer le titre de premier chercheur du répertoire populaire.

Notes

[1CHAPAIS, Thomas, Notice biographique, in Pages choisies, par Ernest Gagnon, J.-P. Garneau Québec 1917.

[2GAGNON, Ernest, Chansons populaires du Canada, Beauchemin, Montréal 1941.