Le domaine du rigodon : une province originale de la danse.

Jean-Michel Guilcher, Grenoble, 1984, Vol. 1, no. 4, Printemps 1997

par CHARTRAND Pierre

Ceux et celles désirant plus d’informations sur le rigodon dont il est mention dans l’article précédent (Le violon traditionnel en France, enregistrement historiques 1939-1977, par Éric Favreau) pourront se référer à l’excellente étude de M. Jean-Michel Guilcher Le domaine du rigodon : une province originale de la danse (65 pages) parue dans la revue Le monde alpin et rhodanien (numéro spécial : Chants et danses de tradition, 232 pages) premier-deuxième trimestre 1984, publiée par le Musée Dauphinois, 30, rue Maurice-Gignoux, 38031 Grenoble (France). Tél. : 4 76 87 66 77
L’intérêt de cette étude est d’autant plus importante pour nous qui sommes habitués à désigner de "rigodon " tous genres de danses traditionnelles, qu’il s’agisse de sets, de quadrilles, de reels... Ce qui, notons-le, n’est pas propre qu’au Québec. Ainsi M. Guilcher note-t-il (p.66 de son article) :
"Nous ne savons rien non plus d’un apport possible de rigodons parisiens (et dans ce cas lesquels ?) aux folklores d’autres régions de France. Le mot se rencontre incidemment chez quelques folkloristes, toujours sans précisions sur la nature des airs et des mouvements, sans même qu’on puisse être sûr que l’auteur a eu en vue une danse particulière et bien définie ".

Propos qu’il illustre par quelques exemples :
"Ainsi Jules LECOEUR, Esquisses du bocage normand, 1883-87, I, p.316 (À la noce, au point du jour, "le rigodon s’est alourdi ") ; DE LA BONNEFON, Pierre Valdey ou le bon fils, Limoges et Bellac, 1865 (En Rouergue, dans la région de Saint-Rome-de-Tarn : "on préluda par un rigodon des plus animés à l’élection du Cap de Jouven "). Ch. BIGARNE (Locutions et patois du pays de Beaune, Beaune, 1891, p.237) fait état de rigodons dans le Nord de la France, WESTPHALEN (Petit dictionnaire des traditions populaires messines, Metz, 1934, p.173) en Lorraine. Arthur ROSSAT (La chanson populaire dans la Suisse romande, I, p.38, avec renvoi à ses Chants pâtois jurassiens, Arch. IV, p.136) fait aussi allusion à des rigodons (peut-être rattachables, ceux-là, à notre zone rhodanienne ?). Yves Defrance m’apprend que dans les Côtes-du-Nord gallèses "danser le rigodon " a le sens de "s’amuser à danser ". Littré déjà signalait que le mot peut désigner, "extension, tout air propre à une danse vive".

L’utilisation du mot rigodon dans un sens très général, s’appliquant à divers types de danse, est donc commun à la France et au Québec, bien que, rappelons-le, le rigodon ne fut probablement jamais dansé chez nous.