Le violon de 1920 à 1955 : Vers une anthologie de la musique traditionnelle du Québec.

Vol. 1, no. 2, Automne 1996

par BOUCHER Mario

Le 24 février 1997 marquera le centième anniversaire de l’obtention du brevet canadien du disque, tel qu’il fut déposé par l’allemand Emile Berliner. Nous connaissons déjà quelques ouvrages qui traitent des premières années de l’industrie du disque [1] ou qui présentent des biographies et discographies d’artistes québécois [2]. Un deuxième volet de ce dictionnaire, couvrant la période allant de 1900 à 1955, devrait être publié sous peu.]. Nous devons toutefois constater qu’aucun ouvrage ne s’est, jusqu’à ce jour, intéressé au répertoire de musique traditionnelle gravée sur ce support commercial. Pourtant, un rapide survol des catalogues Victor, Starr et Columbia nous démontre que la musique traditionnelle du Québec tenait une place importante dans la production de ces compagnies.

Face à ce constat, la Fédération des sociétés d’histoire du Québec, en collaboration avec l’Association québécoise des loisirs folkloriques, a initié un important projet de recherche devant mener à la publication d’une anthologie de la musique traditionnelle du Québec. Par ce projet, les deux organismes souhaitent combler le manque d’informations sur la musique traditionnelle québécoise pour la période allant de 1920 à 1955, période au cours de laquelle le disque 78 tours de facture commerciale s’était déjà taillé une bonne réputation auprès de la population et où bon nombre de musiciens traditionnels gravaient leur répertoire sur ce nouveau médium qui allait complètement bouleverser le mode usuel de transmission.

C’est en 1993 que les deux organismes, avec l’aide précieuse des Archives nationales du Québec - Centre de l’Estrie et de la Bibliothèque nationale du Québec, entreprenaient la première étape du projet afin de répertorier l’ensemble de la production discographique de musique traditionnelle du Québec de 1920 à 1955. Au total, 3 225 mélodies furent répertoriées et 2 619 de celles-ci ont jusqu’à présent été reproduites sur cassettes digitales, pour un total de 7 857 minutes d’enregistrement. Ceci permit à l’équipe de recherche de publier un Catalogue sommaire de la production d’enregistrements de musique traditionnelle du disque 78 rpm par des interprètes québécois. Il est à noter que cet inventaire ne tient pas compte de la production de chansons qui furent gravées par plusieurs artistes de l’époque. [3]

Par la suite, une sélection de cent vingt-cinq mélodies était réalisée afin de mettre en valeur le répertoire de près de vingt-cinq musiciens québécois. Ces mélodies font maintenant l’objet de transcriptions et d’analyses qui seront réalisées par l’ethnomusicologue Jean-Pierre Joyal. L’anthologie sera complétée par une série de textes biographiques et historiographiques qui permettront, entre autres, de mieux connaître les interprètes, de retracer l’épopée du violon au Québec, d’explorer cette facette de l’industrie du disque québécois et d’apprécier la portée sociale que pouvait avoir le disque de musique traditionnelle. Cette portion de la recherche est sous la direction de Mario Boucher.

Le manuscrit de l’Anthologie de la musique traditionnelle du Québec - Le violon de 1920 à 1955 devrait être complété en septembre 1998. D’ici là, il est possible d’obtenir plus d’informations sur la musique traditionnelle et ses interprètes en communiquant avec la Fédération des sociétés d’histoire du Québec au [514] 252-3031. Il est également possible de consulter le centre de documentation de la Fédération en prenant rendez-vous au même numéro.

Notes

[1À ce sujet, voir Edward B. Moogk, En remontant les années : l’histoire et l’héritage de l’enregistrement sonore au Canada des débuts à 1930 [Ottawa : 1988] et Alex Robertson et George Humble, Canadian Gennett and Starr-Gennett 9000 Numerical [Montréal, 1972].

[2À ce sujet voir, Gabriel Labbé, Musiciens traditionnels du Québec, 1920-1993 [Montréal, 1995] et Robert Thérien et Isabelle D’Amours, Dictionnaire de la musique populaire au Québec, 1955-1992 (Québec, 1992)

[3Au nombre de ceux-ci, soulignons entre autres les Conrad Gauthier, Mary Travers-Bolduc, Ovila Légaré, Charles Marchand, la famille Soucy ainsi que les artistes qui enregistrèrent une bonne partie du catalogue "bonne chanson".