Prix Mnémo 2003 : Fred Pellerin

Vol. 8, no. 1, Automne 2003

par MARCEAU Marilyn

Un jeune homme aux cheveux ébouriffés s’avance sur la scène. Derrière ses petites lunettes, ses yeux pétillent avant même d’avoir prononcé les premiers mots. Bientôt, la magie de l’histoire emplira le cœur de ceux qui sont venus l’entendre. On croirait vivre une soirée d’antan… Mieux, on a l’impression que le conte renaît avec Fred Pellerin.

Il fait partie de la nouvelle génération de conteurs, en ligne avec les Jocelyn Bérubé et Michel Faubert. Il contribue à donner un souffle à cette vieille tradition qui reprend de son ampleur au Québec. Le Centre Mnémo a choisi de le récompenser pour sa contribution à la culture et au patrimoine.

Le prix Mnémo est décerné annuellement depuis 1999. Il vise à souligner la qualité et l’apport d’une production dans le domaine de la documentation ou de la recherche relative à la danse, la musique, le conte ou la chanson traditionnels québécois. Le jury, formé de Jean Du Berger (président du jury, ethnologue, professeur à la retraite de l’Université Laval), Élizabeth Gagnon (animatrice à la Chaîne culturelle de Radio-Canada), Normand Legault (danseur, professeur, chercheur et collecteur en danse traditionnelle), l’a récompensé entre autre pour l’audio-guide de l’exposition Mains de maîtres du Musée des maîtres et des artisans du Québec et pour son CD-livre « Il faut prendre le taureau par les contes ».

D’une façon générale, ils l’ont choisi parce que « sa façon authentique et son approche personnelle renouvellent l’intérêt pour la culture populaire et incitent un public plus vaste et plus jeune à s’interroger sur le patrimoine vivant ». Il faut le voir pour le croire, ce jeune de la génération télévision a percé les mystères du conte.

« Il faut prendre le taureau par les contes » est le deuxième livre-disque de Fred Pellerin. Il regroupe dix histoires enregistrées devant public. Dans un français au fort accent québécois, les mots s’alignent et se mélangent pour former des récits fascinants. Les aventures de Babine, le fou du village, donnent lieu à plusieurs récits. Les anecdotes sont d’ailleurs inspirées de la mémoire collective des habitants de son village natal, Saint-Élie-de-Caxton en Mauricie. Le muscle de notre imagination est sollicité à pleine capacité durant l’écoute de contes qu’on croirait tirés de la réalité tellement ils sont racontés avec passion.

Les histoires rapportées sont-elles véridiques ? L’auteur vous répondrait : « L’important, ce n’est pas de croire ou de ne pas croire, l’important c’est que c’est vrai ». Voilà pour les sceptiques !

Le CD-livre, moderne par sa technologie, permet de perpétuer une tradition orale « vieille comme le monde ». Depuis sa sortie en juin 2002, plus de 2 500 exemplaires ont été vendus.

Des mots pour l’expo : Exposition permanente du Musée des maîtres et artisans du Québec

Dans une ancienne chapelle à proximité du cégep St-Laurent, l’exposition permanente du Musée des maîtres et artisans du Québec, « Mains de maîtres », regroupe 18 tableaux où l’orfèvrerie, l’ébénisterie et la couture pratiqués par nos ancêtres sont à l’honneur.

Le conservateur par intérim du musée et réalisateur de l’exposition, Pierre Wilson, voulait cependant ajouter une touche de magie aux objets du 17e, 18e et 19e siècles en démonstration. « Tout le contenu didactique et scientifique est inclus dans les textes accompagnateurs, mais j’avais besoin de créer une émotion. Je savais qu’avec Fred, on aurait ce charme », raconte celui qui l’a invité à réaliser l’audio-guide de l’exposition.

À partir de la documentation fournie par le musée, Fred Pellerin a laissé vagabonder son imagination pour donner vie aux chaises de bois, aux tapis tissés à la main, au berceau sculpté et aux vases en fer. Les contes, qui durent entre 40 secondes et trois minutes nous plongent, le temps de quelques instants, dans l’univers des artisans de l’époque. Sous un air de musique folklorique, l’audio-guide ravi les oreilles et met en valeur le contenu visuel.

Le conte selon Fred

« Le conte doit rayonner ! », s’exclame Fred Pellerin. Son dessein dépasse l’ambition personnelle, il voudrait être un « maillon » de plus dans la transmission des contes. Il aimerait « remettre un peu de magie dans notre monde de calculatrices, de chiffres… », déclare-il avec simplicité.

Sur un ton subtilement engagé, Fred Pellerin dénonce la vitesse à laquelle les gens roulent et les gratte-ciel qui cachent les étoiles… Sur scène, il s’interroge tout haut sur le fait qu’à l’ère des communications, les gens semblent se parler de moins en moins. Comme un vieux sage qui n’en a pas l’âge, il pose un regard critique sur notre monde.

Son style unique de raconter des histoires à la manière traditionnelle, tout en utilisant des expressions et des réalités modernes, réussit à accrocher un public jeune et curieux. Les cabarets et les bars-café où il se produit sont remplis peut-être plus de néophytes que de passionnés du conte qui aiment tous sa façon bien particulière de raconter. Son auditoire est très varié et il en est certes ravi.

Si certaines traditions se perdent, ce conteur, qui détient un baccalauréat en littérature, souhaiterait que celle-ci ne disparaisse pas. Il voudrait au contraire la répandre le plus possible. Mais il constate que « le conte ne cadre pas dans les canons publicitaires ». Selon lui, un « réseau parallèle » doit se développer, à travers les festivals, par exemple.

Heureux de vivre de cet art, le jeune homme de 26 ans a trouvé le moyen de réactualiser le conte. Cet été, il participait à l’émission La Grande Virée à Télé-Québec comme chroniqueur en légendes. Il a aussi été invité à la radio de Radio-Canada à plusieurs reprises. Mais, sa grande force reste probablement ses spectacles, qu’il présente au Québec et outre-mer. En 2001, il a même charmé l’auditoire des Jeux de la Francophonie où il a gagné la médaille de bronze comme conteur.

Un troisième CD-livre et un nouveau spectacle mijotent déjà dans la tête de ce grand rêveur. Il faut dire qu’il détient des sources d’inspiration de qualité. Que ce soit Eugène Garand le « raconteux » de Saint-Élie-de-Caxton, ou ces histoires ramassées en chemin, l’insatiable inventeurs de mots et d’histoires n’a pas fini de nous en conter des bonnes.