Rabaska : Revue d’Ethnologie de l’Amérique française

Vol. 8, no. 2, Hiver 2004

par BRUNEL-REEVES Francine

Cette première livraison de la nouvelle revue Rabaska, lancée à l’automne 2003, nous propose un tour d’horizon ethnologique fort varié où tous pourront trouver leur bonheur avec, au choix, des sujets plus approfondis et d’autres d’approche plus immédiate. Dans sa présentation, son directeur Jean-Pierre Pichette précise que cette revue « …est la seule revue ethnologique entièrement et exclusivement dévolue à l’étude du patrimoine des Français d’Amérique ». Elle s’inscrit dans la continuité des contributions et publications amorcées il y a presque cent ans par Marius Barbeau et ses collègues dans le Journal of American Folklore, et poursuivies par différents chercheurs, soit dans les Cahiers des Archives de Folklore de l’Université Laval, soit dans des revues d’ethnologie canadiennes bilingues.

Les concepteurs de la revue Rabaska ont opté pour une division de l’ouvrage en trois volets complémentaires : un volet scientifique comportant des articles de fond, des rapports de terrain, et des compte-rendus de productions diverses, livres, disques, ou films ; un volet grand public présentant soit une personnalité, soit une institution, soit un événement significatif, plus une section « Place publique » qui offre un espace de discussion et de débats ; enfin, un volet rétrospectif sous forme de chronique de l’actualité ethnologique (rapports des centres de recherche, colloques et congrès, travaux en cours, publications, prix et distinctions, etc.).

Ainsi, dans le volet scientifique de son premier numéro, énumérés ici dans le même désordre avec lequel on aborde souvent les différents articles d’une revue de ce type, on suivra avec fascination les périples quasi-mythologiques des amérindiens du Québec vers « le pays de la terre sans arbres » (terrain, Louis-Edmond Hamelin, Québec) ; les variations résultant de l’emprunt par les bretons bretonnants de la chanson française « La Belle qui fait la morte pour son honneur garder », qui a beaucoup circulé dans les milieux traditionnels depuis sa relative popularisation par le chanteur Michel Bordeleau (Donatien Laurent, Bretagne) ; les multiples interrogations suscitées par un chansonnier manuscrit plus que centenaire conservé dans une famille franco-ontarienne des environs de Windsor (Marcel Beneteau, dont le superbe travail sur la communauté francophone de la région de Détroit en Ontario ne cesse de nous éblouir) ; l’étonnant devenir légendaire d’une authentique hache de pionnier breton en Saskatchewan (Jean-François Simon, Bretagne) ; le choix identitaire qu’eut à effectuer au cours de sa vie le chanteur acadien centenaire Alan (Alain) Kelly, né d’un père irlandais unilingue et d’une mère francophone (Ronald Labelle, Moncton, N.B.).

La section « Place publique » propose deux articles où sont discutées les notions de patrimoine vivant et de langue « patrimoniale » si on peut dire, telles que définies par le Rapport Arpin en novembre 2000 (André Desvallées, Paris ; Philippe Dubé, Québec) ; un troisième rapporte les propos échangés par un groupe de musiciens, chanteurs et acteurs du milieu autour d’une table ronde organisée en 2002 sur le thème « Faire du neuf avec du vieux » (Donald Deschênes, Québec). Le volet « Grand public » nous propose de son côté, dans ce premier numéro, une presque-biographie, en forme d’entrevue menée par Jean-Pierre Pichette, de notre grand débroussailleur de chansons Conrad Laforte.

Le chapitre des compte-rendus de livres dans ce type de publication est toujours précieux au lecteur désireux de se tenir au courant, et la vingtaine de compte-rendus dans Rabaska complète fort utilement le volet scientifique avec de l’information supplémentaire, plus succincte et plus critique, sur des publications résultant d’autres travaux, ouvrages qu’on pourra choisir ou non de consulter après coup.

Le volet rétrospectif, de son côté, nous informe des projets et des activités en cours dans la discipline de l’ethnologie, ainsi que des divers organismes et institutions responsables de ces activités (enseignement, recherche, conservation, thèses et mémoires en cours, colloques, etc.). On y trouvera les résumés de dix-sept mémoires et thèses déposées depuis 1998, ainsi qu’une présentation des activités en cours dans dix différents musées d’ethnologie de l’Amérique française, cinq centres de recherche universitaires québécois, acadiens et ontariens, et trois regroupements de type associatif. Assez pour rassurer le lecteur sur la grande vitalité du milieu malgré les permanentes inquiétudes budgétaires et le pessimisme ambiant.

Rabaska se présente plutôt sous forme de livre que de revue. C’est une publication de conception soignée, de belle présentation, de belle tenue, de format et de lecture agréable, réalisée par la Société Québécoise d’Ethnologie qui prévoit en publier un numéro chaque année. Il en coûtera $25,00 à qui voudra se la procurer, et à ce prix l’acheteur en aura amplement pour son argent. Elle sera certainement un outil précieux non seulement pour les chercheurs et les ethnologues certifiés, mais aussi pour tous ceux que la discipline et les sujets abordés intéressent de près ou de loin ou qui oeuvrent dans sa périphérie.