Un chercheur aux cent préfaces : Luc Lacourcière

Vol. 3, no. 4, Printemps 1999

par LESSARD Denis

On ne compte plus ses innombrables interventions dans les ouvrages de littérature, de fiction ou de recherche. Il a mis sa touche personnelle, distribué généreusement ses encouragements, souligné les efforts dans les écrits de nombreux auteurs, étudiants et collègues de travail. Bref, parmi les grands chercheurs et parmi tous ceux qui se sont penchés avec intérêt sur le patrimoine populaire de l’Amérique française, il faut retenir un nom : Luc Lacourcière.

Fondateur des Archives de folklore de l’Université Laval (1944), qu’il dirige jusqu’en 1975, Luc Lacourcière s’inscrit dans la lignée des pionniers de la recherche dans le domaine des arts populaires. Beauceron de naissance, tout comme Marius Barbeau, le 13e enfant de la famille Lacourcière manifeste dès son plus jeune âge un grand intérêt pour la tradition orale. Il s’inspire des témoignages des clients de son père médecin et surtout ceux de Paul Patry. Les légendes, chansons et contes de ce vieux client de son père lui donnent rapidement le sens de l’écoute et la passion du patrimoine oral.

Plus tard durant ses études à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, l’abbé Joseph Gosselin, avec sa collection de généalogies, suscite un autre intérêt auprès de l’élève Lacourcière : celui de la compilation et du classement minutieux des éléments de collecte. Son amour pour la littérature, Luc Lacourcière le tiendra surtout de ses études au Séminaire de Québec. Il obtiendra ensuite sa Licence es Lettres en 1934 à l’Université Laval. Il se destine bien sûr à l’enseignement. Mais sa carrière, il la mettra en branle en Suisse, puis à Rigaud, (Collège Bourget). Ce sont les cours d’été de français à l’Université Laval qui l’amèneront à la recherche et à la fondation des fameuses Archives de folklore.

C’est ainsi que Jean Cuisenier parle de Luc Lacourcière :
...Formé lui aussi par Franz Boas, Luc Lacourcière devait reprendre, en 1940, le projet abandonné par Marius Barbeau, fonder, en 1944, les Archives de folklore à l’Université Laval, et y consacrer, sans interruption durant quarante ans, sa recherche et son enseignement." [1]

Muni d’un magnétophone et doté d’une solide maîtrise de la sténo, notre chercheur parcourt le pays pour recueillir les témoignages de la tradition auprès des bûcherons, paysans et pêcheurs francophones. On a aussi dit de lui qu’il remplit la fonction de médiateur entre l’ethnologie du domaine français en Europe et la tradition de l’ethnologie sociale et culturelle des collèges anglo-saxons d’Amérique du Nord (Cuisenier).

Mais ce qu’il faut retenir, c’est son amour inconditionnel envers le patrimoine populaire et le travail de cueillette de ce même patrimoine, sans oublier son enseignement patient et minutieux de la littérature. À cet égard, il préside à la formation de personnalités connues du domaine des arts et de la littérature acadiens, telles Antonine Maillet, Angèle Arseneault, Edith Butler, Charlotte Cormier etc. De plus, lors de la fondation des Archives, il obtient la collaboration et l’aide de M. Barbeau, Félix-Antoine Savard et Germain Lemieux. Durant sa carrière aux Archives, les Laforce, Matton, Du Berger, Ferland, Dupont viendront apporter leur concours pour enrichir l’une des plus prestigieuses collections de littérature orale en Amérique du Nord. Et son influence sur les chercheurs continue de s’exercer même durant ses années de retraite à sa maison-musée de Beaumont.

Nombre de nos chercheurs lui sont redevables pour tout ce qu’il a enseigné, dont l’art de l’interview et de la cueillette auprès des informateurs. Luc Lacourcière nous en a livré le secret, grâce à son amour intarissable pour le patrimoine populaire.

NDLR : nous vous recommandons fortement Mélanges en l’honneur de Luc Lacourcière, collectif sous la direction de Jean-Claude Dupont, Léméac, Ottawa, 1978.

Biographie de Luc Lacourcière

1910 Naissance de Luc Lacourcière (18 octobre) à Saint-Victor, dans la Beauce.
1932 Baccalauréat ès arts, Université Laval.
1932-34 École Normale Supérieure, Université Laval, Québec.
1934 Licence ès lettres, Université Laval.
1936-37 Professeur de littérature française au Collège Saint-Charles, à Porrentruy (Suisse).
1938-39 Professeur de latin au Collège Bourget, à Rigaud.
1940-63 Professeur de langue et littérature française à la Faculté des lettres de l’Université Laval.
1940... Début de ses cueillettes ethnographiques (4 500 enregistrements : 2 000 contes, 2 150 chansons, et 350 autres enregistrements).
1941-42 Conférencier à Radio-Collège de Radio-Canada.
1944-75 Fonde et dirige (jusqu’en 1975) les Archives de folklore de la Faculté des lettres de l’Université Laval.
1944-78 Professeur titulaire d’ethnographie et de folklore à la Faculté des lettres de l’Université Laval.
1963-71 Directeur du Département d’études canadiennes à la Faculté des lettres de l’Université Laval.
1966 Docteur ès lettres (honoris causa), Université McGill.
1975 Docteur en ethnographie (honoris causa), Memorial University, St. John’s, Terre-Neuve.
1977 Docteur ès lettres (honoris causa), Université Laurentienne, Sudbury.
1989 Décès le 15 mai.

Notes

[1Cuisenier Jean, Un médiateur, Musée national des arts et traditions populaires, Paris.