« Une valse à trois temps... »

L’accordéon et les bals populaires à Saint-Pierre et Miquelon 1900-1992. Vol. 13, no. 2, Automne 2011

par DE LIZARRAGA Risianne Artur, NORMANDIN Steve

Depuis 2006, Rosiane Artur de Lizarraga, conservatrice de L’Arche - Musée et Archives de la Collectivité Territoriale de Saint-Pierre et Miquelon, et l’accordéoniste québécois Steve Normandin ont entrepris la sauvegarde du patrimoine musical et dansé des citoyens de l’archipel. Si bien des aspects de la vie sociale et économique de ces îles ont été documentés, la vie musicale et les habitudes de danse sur son territoire n’avaient jamais fait l’objet d’une enquête approfondie. Cette recherche sur les accordéonistes et les salles de danse de ces îles françaises a permis de sauver de l’oubli plus de 300 clichés, environ 30 heures d’archives sonores et visuelles et de nombreux objets tels de nombreux instruments de musiques (accordéons, violons, guitares, percussions, etc.) ainsi que des objets promotionnels. Un répertoire des chansons retracées au fil de l’enquête fut établi par Steve Normandin, à partir des enregistrements privés réalisés sur rubans magnétiques et des informations transmises par les musiciens actifs ou encore vivants. L’effervescence des nombreux bals et des salles de danse s’est brusquement arrêtée en 1992, lorsque le moratoire de la morue imposé par le Canada eut raison de l’activité économique et de l’achalandage des bateaux dans le port de Saint-Pierre. Il s’avérait urgent, près de vingt ans après que tout se soit arrêté, de recueillir les témoignages des patrons des anciens établissements comme les bars et les salles de danse, des musiciens de l’époque et de ceux qui avaient fréquenté et-ou organisé les bals. Ils demeurent les derniers témoins privilégiés de cet âge d’or de l’activité commerciale de Saint-Pierre et Miquelon.

Les fruits de cette collecte seront présentés dès le mois de janvier prochain à l’Arche avec une nouvelle exposition intitulée : « Une valse à trois temps… ». Une version itinérante de l’exposition verra le jour en même temps qu’un livre-disque à l’automne 2012, dans le but de faire découvrir Saint-Pierre et Miquelon et ses particularités culturelles aux quatre coins de la francophonie.

Saint-Pierre et Miquelon, sa géographie et sa population

Saint-Pierre-et-Miquelon est aujourd’hui le seul territoire français en Amérique du Nord. Son histoire et son économie sont essentiellement liées à la pêche dans la région. Durant deux siècles et demi, l’archipel s’est trouvé au centre des conflits Franco-Anglais. Il faudra attendre le second Traité de Paris (1815) pour que Saint-Pierre et Miquelon redevienne définitivement français. Le mois d’avril 1816 marquera le retour des colons, déportés en 1793-1794. Ces derniers découvrent un archipel quasiment désert. Le nouveau noyau de la population se composera de 700 âmes.

L’origine de la population de l’archipel est composée au XVIIIe siècle par des Acadiens, Normands, Basques et Bretons et au XIXe siècle par les mêmes descendants mais également par des Terre-Neuviens. Historiquement, les Acadiens s’établirent principalement sur Miquelon, alors que Saint-Pierre abrita un mélange de tous ces groupes. La grande majorité des colons étaient catholiques.

La superficie de l’archipel est d’environ 242 kilomètres carrés. Les trois îles principales sont : Miquelon (Grande Miquelon) : 77km2 ; Langlade (Petite Miquelon) couvre 56 km2 et Saint-Pierre, le chef-lieu dont la superficie avoisine les 25 km2. L’isthme sablonneux qui relie Miquelon à Langlade mesure 8,8 km de long.

Une série de petites îles et îlots complète l’archipel. La plus importante est l’Ile-aux-Marins (dénommée l’Ile-aux-Chiens jusqu’en 1931). Elle est située de l’autre côté du port de Saint-Pierre et protège la rade des vents d’Est. Elle fut habitée par une communauté de pêcheurs jusqu’en 1967.

La distance qui sépare l’archipel de Montréal est d’environ 1 120 kilomètres, 4 750 kilomètres de Paris ; 560 kilomètres de Halifax en Nouvelle-Ecosse et d’une vingtaine de kilomètres du Sud-Ouest de la péninsule de Burin à Terre-Neuve.

L’héritage culturel et la tradition musicale de Saint-Pierre et Miquelon

Il existe bel et bien un folklore musical à Saint-Pierre et Miquelon, peu commun au reste de l’Amérique du Nord, métissage des cultures française, basque et irlandaise (proximité de Terre-Neuve et des provinces maritimes). Lors d’une des rares enquêtes menées dans l’archipel en 1960 pour le compte du Musée de l’Homme (aujourd’hui Musée canadien des civilisations) sur le patrimoine et la présence acadienne à Saint-Pierre et Miquelon, l’ethnologue gaspésienne Carmen Roy a relevé, entre autres choses, un répertoire de chansons pour enfants et de chants de marins. Quel fut son étonnement de remarquer que ce répertoire comportait des chansons de Théodore Botrel, des rengaines populaires de Vincent Scotto entre 1910 et 1930, mais très peu de mélodies anonymes restées dans la mémoire collective et qui auraient survécu comme autant de trésors, comme dans l’est du Québec, en Gaspésie ou sur la Côte-Nord. Bien que le patrimoine musical ne fut pas le principal sujet de son enquête, elle avait remarqué la ferveur avec lequel la population s’adonnait, dès l’enfance, aux plaisirs de la danse et de la musique.

Les quelques rares minutes de musique qu’elle avait pu recueillir avec son magnétophone nous permettent aujourd’hui d’entendre les violoneux de Miquelon interpréter, pour l’essentiel, « Sous les ponts de Paris » de Jean Rodor et Vincent Scotto (1912), deux parties de quadrille tel qu’on le jouait à Miquelon (la première partie et un 6/8 dont la provenance est irlandaise), ainsi que la pièce traditionnelle « Du pain, du beurre et du capelan ». Ce document, conservé à Gatineau dans les archives du fonds Carmen Roy, reste la plus ancienne trace sonore des musiciens de Miquelon que nous ayons retrouvée.

Les autres enregistrements privés des violoneux de Miquelon, réalisés entre 1965 et 1987, nous éclairent davantage sur cette diversité musicale. Par exemple : les airs du quadrille traditionnel ne proviennent pas de France, comme on aurait pu le croire de prime abord. Il s’agit d’un mélange d’airs irlandais et écossais sans doute venus de Terre-Neuve, tout comme les airs à danser qu’on retrouve sur tout le continent, des provinces maritimes du Canada jusqu’aux États-Unis. Au travers de mélodies contemporaines issues de la chansonnette française ou des premiers succès du western québécois se glissent de vieilles mazurkas et des valses provenant de sources diverses.

On a pu identifier des airs remontant jusqu’au XIXe siècle (« Les Roses » du compositeur et chef d’orchestre français Olivier Métra qu’ont joué les accordéonistes québécois Gérard Lajoie sous le titre « Valse Alice » ou encore Philippe Bruneau « Valse du Vieux-Québec »), des extraits d’opérettes (« Princesse Czardas » du hongrois Emmerick Kalmàn), des marches militaires (l’hymne national écossais « Scotland the Brave » connu aussi sous le titre « My Bonnie Lassie »), des chansons internationales comme la pièce polonaise « Wszytkie rybki spia w jeziorze » renommée aux États-Unis « Westphalia Waltz ». Les similitudes avec les pièces de la tradition québécoise sont frappantes. L’emprunt des « Joyeuses québécoises », du violoneux québécois Jos Bouchard, au répertoire de Don Messer (le thème de son émission de radio, la chanson américaine « Till we meet again ») ou d’autres emprunts faits à Andy Desjarlis, peuvent s’expliquer en partie par l’écoute assidue, à une certaine époque, de la radio à ondes courtes. Pendant de nombreuses années, la seule radio francophone qu’il était possible d’entendre au coeur de l’Atlantique se captait par ondes courtes et les émissions provenaient de la station située à New Carlisle, en Gaspésie.

Nous ne retrouvons pas de répertoire traditionnel dans l’archipel qui aurait pu se développer spécifiquement autour du violon ou de l’accordéon, comme on peut observer dans les régions du Québec ou des provinces maritimes, de France, d’Irlande ou d’Écosse. Les airs de folklore sont joués indifféremment par tous les instrumentistes, pour peu que les mélodies et la cadence soutiennent le mouvement des danseurs.

En face de Saint-Pierre, se trouve une petite île aujourd’hui convertie en lieu de patrimoine et villégiature, nommée l’Île-aux-Marins (autrefois « l’Île aux Chiens »). Sur cette île, où les graviers faisaient sécher les morues, les habitants dansaient uniquement au son de violon en guise de spectacle vivant. Certains cafés, dans lesquels on retrouvait parfois un gramophone, offraient aux danseurs la possibilité d’écouter la musique à danser enregistrée. Autrement, il y avait trois ou quatre violonistes disponibles pour accompagner la danse mais jamais de guitariste, de pianiste ou même d’accordéoniste en guise d’accompagnement, à la différence de Saint-Pierre, l’île voisine.

Comme dans bien d’autres coins du globe, le violon fut longtemps l’instrument de mise pour les soirées dansantes des bals. Une grande tradition de violoneux, proche de celle des ménétriers, s’est perpétuée plus longtemps à Miquelon qu’à Saint-Pierre. Parmi les figures marquantes de la musique traditionnelle miquelonnaise, il faut citer parmi les violoneux les frères Marcel et Marcellin Gaspard, Maurice Leloche, Simon Disnard, l’accordéoniste et violoneux Robert Vigneau. Ces musiciens autodidactes, actifs entre 1940 et 1980 environ, furent parmi les derniers musiciens à s’être transmis un répertoire et une connaissance de la musique à danser par la pratique de la tradition.

Un film amateur 8mm sonore, tourné à Miquelon au milieu des années 1980, préserve les mouvements du quadrille. Les danseurs sont des enfants et de jeunes adolescents qui ont appris les pas et la chorégraphie de Madame Alberta Detcheverry. Il est regrettable de ne pas avoir pu garder les danses exécutées par les anciens, mais il est intéressant de constater comment la forme du quadrille fut conservée dans l’archipel. Le quadrille contient trois figures - soit l’avant-quatre, la poule et la pastourelle - avec répétition de l’avant-quatre, pour un total de quatre figures.

À peu près à la même époque, à l’initiative de M. Joseph Lucas, un groupe musical s’est constitué pour sauvegarder la mémoire et promouvoir la culture insulaire, « Les Violoneux du Bon Vieux Temps ». L’ensemble connut une grande période d’activité de 1985 à 1990, participant à de nombreuses manifestations culturelles au Canada et en France. Hélas, ces mouvements revivalistes et les efforts déployés ne sont pas constants et ne suffisent pas à donner aujourd’hui le second souffle nécessaire pour voir renaître une nouvelle génération de danseurs. Certains musiciens, l’accordéoniste Alain Orsiny en tête, reprennent du service et tentent d’enseigner bon an mal an aux plus jeunes qui se font rares à s’intéresser à ces formes de musiques et de danses. Une association qui se consacre à la sauvegarde des traditions locales, « Miquelon Culture-Patrimoine », organise des soirées où les gens viennent apprendre de nouveau le quadrille et les autres danses telles l’aéroplane (dont la forme dansée est un croisement entre les aéroplanes qu’on retrouve en Haute-Bretagne et la polka piquée), la mazurka, la redowa et la varsovienne.

L’aéroplane présente des particularités locales sur chacune des îles. Il ne s’agit pas de différences au niveau des pas, mais plutôt sur la prise de son partenaire. Par exemple, à Saint-Pierre, les bras des danseurs se tiennent au-dessus, derrière la tête. À Miquelon, on a gardé la prise dite « du scieur de bois ». Des personnes du troisième âge, interrogées sur les deux îles, nous ont informés de ce détail. Cependant, comme plusieurs danseurs de Saint-Pierre se rendent à Miquelon pour participer à des soirées de danses traditionnelles et que l’inverse se produit également, il arrive de voir l’influence des uns sur les autres : l’envie impérieuse de danser l’emporte souvent sur le respect formel des traditions !

L’amélioration de la situation socio-économique, due principalement à la fréquentation de ses eaux territoriales de nombreux bateaux de pêche venus d’Europe et d’Asie, a permis à Saint-Pierre de connaître un mode de vie qui portait en elle une envie de modernité. L’accordéon et l’engouement pour le bal musette a fait disparaître peu à peu la transmission d’un répertoire issu de la tradition orale. Que ce soit à la Salle des Fêtes de Saint-Pierre ou dans la salle de bal du Café Joinville (deux haut-lieux de l’animation saint-pierraise encore actifs de nos jours), la pratique courante du quadrille (dont celui des Lanciers) remontent aux années 1930. Bien que certains témoins, danseurs ou musiciens, ont affirmé les avoir dansés vers 1950, cela demeurait mesure d’exception, et perçu comme d’une autre époque. Quant à eux, les citoyens de Miquelon ont gardé la part belle aux danses anciennes de façon courante environ jusqu’aux années 1970. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, la pratique du bal musette venu de la métropole imposera définitivement l’accordéon et son répertoire par le biais de la radio et des vedettes du disque (Yvette Horner, André Verchuren, etc.) et supplantera définitivement les manifestions du quadrille de façon régulière dans les bals.

Le mode d’apprentissage autodidacte des danses fut sans doute la forme de tradition la plus vivace sur tout le territoire. Également, tous les musiciens de Saint-Pierre et Miquelon d’avant 1980, sans exception, ont appris les rudiments de leur instrument en autodidacte, au contact des autres musiciens dans les bals, à force de talent et de persévérance.

L’accordéon à Saint-Pierre et Miquelon

La plus ancienne trace de l’accordéon à Saint-Pierre et Miquelon remonte à 1880 : selon les carnets de bateau, on mentionne déjà la présence d’un ou plusieurs accordéons dans les marchandises rapportées d’outre-mer, sans plus de précision quant à leur provenance ou le type d’instrument (chromatique ou diatonique).

L’accordéon le plus commun qu’on retrouvait sur le marché vers 1900 et qui, dans l’ordre des choses, a peut-être pu franchir en premier lieu le territoire de Saint-Pierre et Miquelon, serait le petit accordéon diatonique à une ou deux rangées de boutons à la main droite. Au tournant du XIXe siècle, ces instruments rudimentaires, souvent importés d’Allemagne ou d’Italie, faisaient l’objet d’une commercialisation massive mondiale, notamment dans les deux Amériques.

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Groupe Hurricane
Au dancing Le Sélect, 29 février 1960. De gauche à droite : Abel Zanaboni (percussions), Hubert Girardin (accordéon) et Lucien Girardin (piano). Collection du Studio Briand-Ozon

Il ne subsiste aucun mélodéon [1], cet accordéon à une rangée de boutons et aux portières apparentes encore en usage en Louisiane et au Québec. Sa « version améliorée », le célèbre modèle viennois, se compose de deux rangées accordées à la quarte (sol-do ou la-ré par exemple) : c’est précisément ce type d’accordéon diatonique que l’on retrouve encore aujourd’hui dans l’Archipel. On se servait de l’accordéon diatonique principalement dans les cercles de famille, les soirées improvisées, les cafés ou les pique-niques. La complexité mélodique de la musique populaire incita les accordéonistes de bals à adopter des instruments chromatiques.

En métropole (appellation de la France par les citoyens de Saint-Pierre et Miquelon), les artisans du musette ont adopté le clavier chromatique à touches boutons. Ils ont toujours âprement défendu les qualités évidentes de ce type d’instrument en les comparant aux possibilités du clavier piano. Au cours de notre enquête, nous espérions retracer à Saint-Pierre comme à Miquelon davantage d’accordéons chromatiques boutons chez les musiciens locaux, dans la plus pure tration française : ce ne fut pas le cas. Jamais il n’y eut de « rivalité » ou de polémique chez les accordéonistes de l’Archipel sur la différence des systèmes : ils choisissaient volontiers le modèle qui leur convenait ou qui leur était accessible.

Presque tous les accordéonistes locaux ont fait leurs premières armes sur un appareil à clavier piano. Les instruments retrouvés ou identifiés sur des photographies démontrent l’implantation massive de l’accordéon à clavier piano dans l’archipel. Le marché nord-américain, dominé par les importateurs des produits italiens et allemands, peut en partie expliquer ce phénomène. Les musiciens et les détaillants américains privilégièrent le système à clavier piano au détriment du clavier bouton, comme instrument chromatique offert à la clientèle.

Parmi les accordéonistes d’après 1945 qui ont marqué la musique de danse à Saint-Pierre, citons les regrettés MM. René Audoux, Jean Mahé, Alain Girardin Norbert Siegfriedt et Eugène Grimaux. Parmi les musiciens encore vivants, citons MM. Roger Cormier et Guy Planté.

Deux accordéonistes saint-pierrais font figures d’exception :
- Bernard Girardin, mort en 1968 à l’âge de vingt-trois ans foudroyé par le cancer, qui avait appris à jouer l’accordéon chromatique boutons par la seule écoute des disques des vedettes du musette. Son jeu perlé et marqué à la main droite, ses basses chantantes et son sens de la mélodie en font un des meilleurs accordéonistes de sa génération. Il n’a joué que trop peu dans les bals et les boîtes de nuit car il n’en aimait pas l’ambiance. Des enregistrements radio conservent précieusement ses fougueuses performances accompagnées au piano par son père, le multi-instrumentiste Lucien Girardin dit « Lulu ».
- Eugène Mahé connut une longue période d’activité musicale partagée entre l’accordéon et l’orgue électronique et fut le seul musicien salarié de l’archipel. Tous les musiciens étaient rémunérés au cachet ou aux entrées ; Eugène Mahé a quitté son emploi à l’usine de transformation de poissons pour devenir musicien attitré de l’Étoile, bar renommé de Saint-Pierre.

Les accordéonistes qui ont pu apprendre à lire la musique dans un cadre extérieur à celui des salles de danse et qui ont pu tirer profit de ce précieux outil sont moins nombreux. Ceux qui utilisèrent une méthode d’accordéon après s’être initié par eux-mêmes à leur instrument se sont aussitôt convertis à l’accordéon chromatique boutons, grâce à la méthode Médard Ferrero publiée chez Hohner. Hubert Girardin fut le premier accordéoniste à suivre ce chemin. Son expérience musicale sur les tréteaux de Saint-Pierre s’est perpétuée pendant plus de quinze ans (notamment au Café Joinville et au dancing Le Sélect) pour se poursuivre à Montréal pendant 25 ans. Il ouvrait ainsi une voie royale à une nouvelle génération de brillants accordéonistes qui n’allaient pas tarder à suivre ses traces. Parmi eux, deux musiciens, Raymond Ruel et Bernard Lafargue. Ils font partie, avec l’accordéoniste à touches piano Robert Siegfriedt, de la dernière génération d’accordéonistes qui a fait danser la clientèle dans les bals et les boîtes de nuit à une fréquence régulière, aux belles années des « Nuits de Saint-Pierre ».

Les accordéonistes de Miquelon sont tout aussi importants dans la tradition musicale de l’archipel. MM. Robert Vigneau, Luc Detcheverry, Léon Gaspard, Alain Orsiny, Michel Boissel, André Orsiny et Joseph Orsiny ont figuré davantage comme accompagnateurs assidus auprès des violoneux. La fonction de l’accordéon était différente de l’usage qu’on en faisait à Saint-Pierre dans un cadre musette. Avant l’arrivée de la guitare et de la batterie, les accordéonistes miquelonnais assuraient davantage la partie rythmique de la musique de danse.

Groupe Hurricane au dancing Le Sélect, 29 février 1960. De gauche à droite : Abel Zanaboni (percussions), Hubert Girardin (accordéon) et Lucien Girardin (piano). Collection du Studio Briand-Ozon.

Bulletin

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Quadrille dansé à Langlade chez M. Olivier. Date du cliché 1927 ou 1928. Collection privée : Evelyne Artano.

* Steve Normandin accordéoniste et pianiste accompagnateur de renom, interprète et spécialiste de la chanson francophone, il partage sa passion pour l’accordéon en collaborant depuis plus de cinq ans à ce projet d’envergure sur la musique des îles Saint-Pierre et Miquelon.

Rosiane Artur de Lizarraga est, depuis 1999, conservatrice de l’Arche, Musée et Archives de la Collectivité Territoriale de Saint-Pierre et Miquelon. Elle contribue au rayonnement local et international par des actions culturelles et de valorisation de son patrimoine natal.

Notes

[1Mélodéon est le terme utilisé en France pour dénommer ce qu’on appelle au Québec le « petit accordéon »1