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Répertoires de Lanaudière

Vol. 25, No 1, Printemps 2024

par Jetté, Philippe

Par Philippe Jetté, musicien et médiateur du patrimoine vivant.

  • Mais qu’en est-il du répertoire de musique traditionnelle de la région de Lanaudière ?
  • Comment les anciens interprètent ce répertoire de danse ?

Ces deux questions guident ma démarche artistique et culturelle comme
musicien et médiateur du patrimoine vivant.

Genèse

Lanaudière est reconnue comme étant un sol de musique. En 2008-2009, j’ai entrepris un vaste projet visant à documenter le répertoire de chanson et de musique traditionnelles de ma communauté, la Nouvelle-Acadie (Saint-Jacques, Sainte-Marie-Salomé, Saint-Alexis et Saint-Liguori) dans Lanaudière. En 2011-2012, j’ai documenté les joueurs d’accordéon de Lanaudière. Une documentation auprès des violoneux lanaudois demeure à faire. Au fil des années, j’ai collectionné et sauvegardé des répertoires importants de musique traditionnelle lanaudois qui méritaient d’être mis à l’honneur.

La musique traditionnelle s’est transmise par oralité, d’un musicien à un autre, de génération en génération. Plusieurs musiciens « anonymes » rencontrés sont désormais décédés. Puisque la majorité de ceux-ci n’avaient pas de relève dans leur famille, je suis devenu l’héritier naturel de ces musiciens qui ont façonné la musique de danse traditionnelle dans ma région. Je souhaitais leur rendre hommage.

En 2014, j’ai participé au Carrefour mondial de l’accordéon de Montmagny avec Dâvi Simard (Duo Jetté-Simard) où nous présentions quelques pièces de ma collection.

Les années passent… et une pandémie survient.

En juin 2020, Dâvi me téléphone et me dit : « Je viens d’écouter nos enregistrements de 2014 et c’est bon en batinse ». C’est alors qu’il me propose de réaliser un album de musique traditionnelle de Lanaudière. Cette discussion n’en demeure pas là puisque dans la même journée, nous apprenons le décès de Maurice Beauchamp, un joueur d’accordéon de Saint-Lin-Laurentides que nous avions côtoyé à l’AQLF Rive-Nord, et dont j’avais documenté la pratique et le répertoire. Cette nouvelle nous ébranle et nous motive à concrétiser un projet pour mettre en valeur le riche répertoire instrumental de Lanaudière.

Ainsi est né un projet de médiation culturelle mettant à l’honneur les porteurs de tradition de Lanaudière et leur répertoire.

Projet

Nicolas Bellemare, Dâvi Simard, Philippe Jetté et Raynald Ouellet.

Le projet Recréer, diffuser et transmettre des répertoires instrumentaux traditionnels lanaudois, de Jetté-Simard (accordéon, violon, pieds), vise à mettre à l’honneur des porteurs de tradition lanaudois et à sauvegarder leur répertoire traditionnel par la création et la diffusion d’un spectacle et d’ateliers de transmission de ces répertoires. De plus, des capsules vidéo et des articles sur des porteurs de tradition sont prévus au projet.

Le projet est rendu possible grâce au soutien financier du Conseil des arts et des lettres du Québec et de la MRC de Montcalm dans le cadre de l’Entente de partenariat territorial en lien avec la collectivité de Lanaudière ainsi que la Ville de Joliette, la Ville de Notre-Dame-des-Prairies et le programme Maîtres de traditions vivantes du Conseil québécois du patrimoine vivant.

Résultats

Phase 1 : Recherche

En avril 2021, nous avons débuté le projet par l’écoute de plus 1 000 pièces instrumentales tirées de mes archives personnelles, du fonds d’archives du CRAPO de Lanaudière, d’émissions de télévisions communautaires et de Soirée canadienne. Pour ce faire, une base de données Excel a été créée. Cet index de classification des répertoires selon les genres de musique (reel, reel-gigué, brandy (3/2), gigue (6/8), 6/8 de quadrille, valse, valse-clog, galope, galope-hybride, polka, marche, clog, mélodie de chanson) comprend les titres critiques (lorsque connus), l’instrumentation, les interprètes et leur provenance (municipalité), les sources (appris de qui) ainsi que le type de document d’archives et son contexte (concours, enregistrement maison, collecte, session de musique, veillée, spectacle, album maison, émission).

De plus, nous avons lancé un appel à la population pour récolter des enregistrements d’archives familiaux. Cela a permis d’acquérir de nouvelles sources (trois cassettes audio et trois vidéos) et de sensibiliser les citoyens à l’importance de préserver ces enregistrements. La documentation amassée est conservée à Archives Lanaudière pour les générations actuelles et futures.

Une première sélection du répertoire a été faite par les deux artistes à l’aide de la grille Excel et des critères de sélection suivants :

  • Originalité
  • Valeur patrimoniale (répertoire transmis par oralité dans la communauté)
  • Variété du répertoire
  • Coup de cœur
  • Histoire ou anecdotes en lien avec la pièce

Une deuxième écoute et sélection ont permis d’analyser le répertoire avec l’aide précieuse de nos deux collaborateurs : Éric Favreau (violoneux et ethnologue) et Raynald Ouellet (accordéoniste et maître de traditions vivantes).

Après une dernière sélection, une analyse plus approfondie a été réalisée avec nos collaborateurs, selon les répertoires de violon ou d’accordéon. Nous avons étudié les techniques de jeux des musiciens lanaudois ainsi que l’origine et le parcours des pièces, lorsqu’il a été possible de le faire. Cette dernière portion a été beaucoup plus longue que prévue, ce qui a écourté le temps prévu initialement pour la rédaction d’articles.

Plus de 55 partitions ont été réalisées par le duo dans le but de faciliter l’apprentissage et la transmission du répertoire sélectionné.

M. Maurice Beauchamp (photo prise le 30 septembre 2011).

Phase 2 : Analyse

L’interprétation des anciens musiciens nous a étonné puisqu’elle démontre bien l’aspect vivant de la tradition musicale. Ces musiciens de tradition orale jouaient majoritairement pour la danse, en solo, laissant place à une liberté d’expression artistique. Il ne semblait pas y avoir de règles, ni de standardisation dans leur façon d’exprimer la musique.

M. Évariste Chevalier (photo prise le 16 mai 2011).

Les parties ne sont pas toujours égales. En guise d’exemple, un morceau peut être interprété avec la forme AA-BB et répété sous la forme AAA-BB.

Un musicien en particulier s’est révélé une découverte exceptionnelle pour nous. Il s’agit de M. Azellus Cantin (1912-1989) de Saint-Liguori, violoneux et oncle de feu Gilles Cantin (ex-membre de La Bottine Souriante). Ce musicien extraordinaire conçoit la musique différemment de nous, qui avons étudié la musique au sein d’une institution académique. Il possède une ligne mélodique forte du morceau, ce qui lui permet d’improviser constamment. L’improvisation en musique traditionnelle est nommée, par l’ethnomusicologue Jean Duval, l’art de la variation [1]. Il est important de préciser que la variation peut se faire également avec des doubles cordes ou doubles notes, des coups d’archet et des triolets.

Fait intéressant, Azellus Cantin varie aussi le nombre de temps par partie. Par exemple, il joue une première fois une partie A de 18 temps et une partie B de 16 temps, tandis qu’à la répétition du morceau, il interprète 17 temps la partie A et 15 temps la partie B.

Il nous semble que M. Cantin nous apporte une ouverture musicale, car l’art de la variation n’est plus pratiqué de nos jours, ou très peu et de façon moins poussée. Cette façon d’aborder la musique nous est inspirante. Elle est très organique et vivante. Jouer à ce niveau demande une maîtrise non seulement de l’instrument, mais aussi et surtout de la ligne mélodique du morceau et du style musical.

Cette prise de conscience nous a forcés à nous remettre en question comme musiciens et à nous demander comment incorporer cet aspect dans nos arrangements. Préoccupation qui va resurgir dans nos interprétations et projets futurs.

Analyse des techniques d’interprétation

Nous avons analysé l’articulation de l’archet au violon, la vitesse, le phrasé, les nuances, les accents, les ornements, les doubles notes, les variations mélodiques et rythmiques, le doigté et le toucher pour l’accordéon, etc. Nous nous sommes appuyés sur des enregistrements sonores à l’exception de trois joueurs d’accordéon ayant été filmés.

Accordéon

Nous avons analysé les techniques de jeu de sept joueurs d’accordéon de Lanaudière [2] avec Raynald Ouellet, dont cinq proviennent de la communauté de Saint-Côme.

M. Roland Aumont (photo prise le 29 septembre 2011)

Dans ce village du nord de Lanaudière, nous observons un jeu très énergique, détaché et linéaire pour la danse, avec peu d’ornements. Nous retrouvons quelques triolets, des doubles notes en tierce, en quinte ou à l’octave ainsi qu’en sixte. Elles sont exécutées, notamment, à la fin des phrases musicales ou pour donner un effet rythmique percussif à l’interprétation. Nous avons surnommé un joueur d’accordéon non identifié « le Pitou Boudreault de l’accordéon », car il utilise les doubles notes pour la percussion. Les joueurs d’accordéon s’accompagnent d’un jeu de pieds régulier et précis.

Roland Aumont (1926-2022) possède un toucher exemplaire. Ses doigts sont à fleur de touches ce qui donne l’impression que sa main ne bouge pas. Son soufflet est très bien balancé. Homme de chantier, il manie son soufflet avec force et les anches semblent toujours prêtes à jouer. Roland Aumont est un homme-orchestre pour la danse. Il s’accompagne du tapement de pieds et de sa main gauche (basses et accords). Son accompagnement à la main gauche suit les coups de soufflets demandés par la mélodie donnant un effet rythmique à son interprétation. Ses basses traînantes appuient la mélodie. Il garde ses deux doigts enfoncés sur sa basse et son accord en même temps, ce qui engendre un effet rythmique avec les poussés et tirés de l’accordéon diatonique. Il soulève à peine ses doigts pour créer un accompagnement encore plus percussif.

Deux joueurs d’accordéon se distinguent par une interprétation plus sensible et musicale. Évariste Chevalier (1931-2015) a une sensibilité musicale et un jeu chantant qu’il exécute par des notes liées, plusieurs nuances, des respirations entre les parties et des notes longues. L’exécution de notes pleines longueur est aussi remarquée chez Maurice Beauchamp (1931-2020) de Saint-Lin-Laurentides et originaire de Saint-Jérôme.

La musicalité et la sensibilité harmonique de Maurice Beauchamp sont ses deux grandes forces comme interprète. Contrairement à bien des joueurs, dont son père, il a développé l’accompagnement (basses/accords) à la main gauche sur un accordéon Hohner deux rangées la/ré. Lorsqu’il en ressent le besoin, il enjolive ses mélodies par des nuances et des ornementations : « trilles », doubles notes et notes en octave. M. Beauchamp a aussi le sens de l’improvisation. À l’écoute, on discerne une progression rythmique ou mélodique dans chacune de ses parties. Lors de la répétition d’une phrase musicale, il fait une variation afin de texturer sa pièce.

L’exécution de ses mélodies se fait en fonction de la danse, en accentuant le premier temps des parties. Pour faire giguer, il interprète le Reel de la guénille avec un jeu bien détaché et soutenu. De plus, il joue avec l’intensité de la pièce pour dynamiser l’interaction avec le gigueur. Son swing et sa cadence à l’accordéon diatonique sont dans la lignée de ceux d’Alfred Montmarquette et d’Arthur Pigeon. Précis rythmiquement, il a un swing carré et efficace sur les temps forts, contrairement aux accordéonistes contemporains qui vont plutôt appuyer les contretemps (temps faible). Il est un des rares musiciens traditionnels à conserver un style de jeu ancien (avant 1970) [3]

Ce jeu ancien s’observe chez la plupart des joueurs d’accordéon rencontrés ayant 79 ans et plus en 2011. Sylvain Thériault, âgé de 52 ans à ce moment, a également hérité de ce style d’interprétation provenant de son oncle.

Violon

Nous avons fait l’écoute attentive de sept violoneux avec notre ancien professeur du cégep de Joliette, Éric Favreau.

Mon grand-oncle Bernard Brisson (1927-2010) joue du violon avec une articulation de l’archet du bras complet, tout comme Jean Parent (1920-1991). Lucien Corriveau joue au talon tandis que les frères Nadeau (Arthur et Hervé) et Joseph « Ti-Do » Beaudry [4] (1891-1965) possèdent une bonne articulation de l’avant-bras et du poignet. Azellus Cantin a du mouvement dans son coup d’archet, comme une vague avec un mouvement de huit. Il joue au centre de l’archet et swingue par en bas. Azellus et Ti-Do utilisent la pleine longueur de leur archet.

Peu d’ornements s’observent chez les violoneux lanaudois. Azellus Cantin est très conscient de ses doubles cordes. Il les accentue sur les temps forts, sur le premier temps de sa phrase musicale. Cela fait partie de sa manière d’entendre la mélodie.

Répertoires

Le reel est maître dans Lanaudière. Le répertoire analysé nous démontre une forte présence de « p’tit reel court » (reels gigués) [5]. Avec les informations que nous possédons actuellement, nous constatons que traditionnellement, il n’y avait pas de 6/8 dans la région, à l’exception de La Ouellet (titre critique). Évariste Chevalier, de Saint-Ignace-de-Loyola, mentionne que sa mère disait que « ça dansait le quadrille sur ce morceau », un 6/8 de quadrille. Éric Favreau révèle qu’une version de cette pièce fut enregistrée à l’accordéon par John Lajoie en 1930. Éric l’a apprise de Gabriel Labbé. Les musiciens ont tout de même incorporés des gigues (6/8) dans leur répertoire grâce à l’influence de la radio, des disques et des partitions musicales circulant dans la région.

Du côté des joueurs d’accordéon, Maurice Beauchamp se distingue par la variété de genres musicaux retrouvés dans son répertoire. Nous y retrouvons des reels, reels gigués, gigue, 6/8 de quadrille, brandy, galope, marche, polka, valse et valse-clog. Il rapporte que Zoël Drouin et sa femme dansaient la valse-clog dans le Rang de la côte double, aujourd’hui le Rang Sainte-Marguerie à Saint-Jérôme.

Le Reel Saint-Côme 25, que l’on retrouve dans une de nos dix capsules vidéos présentant le répertoire lanaudois, est une pièce en deux parties provenant de deux reels différents. La partie A, provient de la pièce connue au Québec sous le nom de la Galope de la Malbaie qui tient ses origines dans des pièces recensées dans des recueils du milieu 19e siècle sous différents noms tels que Mackilmoye Reel/Republican Spirit. Le B est issu de la partie B du hornpipe Ivy Leaf/Smoky Chimney. Cette pièce, assez répandue en Amérique du Nord depuis la fin du 19e siècle, se présente sous différentes versions et adaptations telles que le Reel du boulanger ou le Reel Saint-Sauveur d’Isidore Soucy [6]

Le violoneux Antonio Brisson (à gauche) à l’émission Le Temps de vivreportant sur le village de Saint-Jacques (1979).

Les frères Nadeau de Sainte-Mélanie et Antonio Brisson (1896-1983) de Saint-Jacques jouent la même version du Reel du Pendu qu’ils combinent avec Les quatre coins de Saint-Malo. Selon Éric Favreau, le Reel du Pendu entre dans la catégorie des pièces fantaisistes/spectaculaires autant pour le récit qui s’y rattache que son aspect mélodique et l’accordage du violon requis pour l’interpréter (A-E-A-C#). La version Brisson et Nadeau est tout à fait originale, voire unique : le A diffère des versions connues, le B est en fait le A des versions connues, le C est une variation de la section comportant trois pizzicatos dans les versions connues, et le D quant à lui avec ses 14 pizzicatos est tout à fait inattendu. Les sections C et D dans la version des Brisson et Nadeau ont sans aucun doute été inspirées dans la façon de l’exécuter par une autre pièce fantaisiste du répertoire québécois : Les quatre coins de Saint-Malo dans lequel, par intervalles fixes, la mélodie est entrecoupée de pizzicatos de la main gauche tandis que le bouton de l’archet ou la pointe de l’archet frappe les quatre coins du violon ou une section du violon [7].

Azellus Cantin, quant à lui, interprète un brandy très intéressant à plusieurs points de vue. Il s’agit d’une mélodie en métrique 3/2 [8] et la combinaison de la section A et B provient de deux pièces différentes qui sont également en ternaire sans toutefois se présenter sous la forme du reel tel qu’interprété par M. Cantin. Deux Slip Jig (9/8) irlandais sont réunis dans cette version. La partie A rappelle le A du Foxhunter Slip Jig et le B de Cantin réfère au B du New Drop Of Brandy Slip Jig. Il existe au Québec quelques versions qui indiquent que le Foxhunter a été en circulation, comme par exemple la Gigue à Tommy de Louis Boudreault (Chicoutimi), La gigue à M. Lasanté (Abitibi), Reel à Poléon (Cantons de l’Est). Dans tous les cas, l’aspect slip jig a été remplacé par celui du reel, mais en conservant le ternaire. De quelle façon ces changements ont eu lieu ? Nul ne peut le dire, mais il est certain que le genre slip jig ne correspondait pas à la réalité des danses qui se sont développées ici. Le B de la version Cantin ressemble fort au A du Brandy, reel en 3/2 répandu sur tout le territoire et connu en de nombreuses versions [9] .

Les violoneux lanaudois possèdent plusieurs pièces non identifiées dans leur répertoire rappelant fortement les polkas/reels simples anglo-canadiens, populaires entre les années 1950 et 1980. À titre d’exemple, une pièce joué par Lucien Corriveau et qui s’apparente à un hornpipe [10] demeure jusqu’à maintenant non identifiée.

Nous avons pu entendre plusieurs versions du reel Keel Row chez les violoneux. Le Money Musk et la Grande gigue simple sont également très populaires et servaient à faire giguer.

Phase 3 : Création et diffusion

À l’été 2021, nous avons monté une ébauche de spectacle que nous avons pu expérimenter à différentes occasions : camp de jour du CRÉDIL (immigrants en francisation), Les dimanches trad au Parc Riverain (Ville de Joliette), Maison des jeunes La Piaule, animation estivale de l’Espace culturel de Repentigny ainsi qu’aux Habitations Nouvelles à Montréal. De plus, nous avons participé à l’événement la Soirée canadienne de Joliette présenté par le Marché de Noël de Joliette (Société de développement du centre-ville de Joliette) où nous avons interprété du répertoire local et testé des pièces pour la gigue.

En décembre 2021, nous avons coproduit et coréalisé avec la station de radio régionale CFNJ-FM l’émission RÉPERTOIRES. [11]. Elle fut diffusée le 9 janvier 2022 et est désormais disponible en rediffusion en ligne (sur la chaîne YouTube de Philippe). Nous avions un invité de marque pour cette émission spéciale, soit Raynald Ouellet, maître de traditions vivantes en accordéon diatonique québécois, grâce à un partenariat avec le Conseil québécois du patrimoine vivant. Raynald a vulgarisé les techniques de jeu des joueurs d’accordéon de Lanaudière, en plus de faire le parallèle avec le jeu de l’accordéon au Québec en général et de réaliser deux performances.

Parallèlement à cette démarche de diffusion, nous avons créé des ateliers de transmission (enseignement de mélodies) du répertoire lanaudois. Nous les avons diffusés au Festival Mémoire et Racines et aux étudiants du programme de musique traditionnelle du Département de musique du Cégep régional de Lanaudière à Joliette.

Une résidence de création prévue au printemps 2022 a dû être reportée à cause de la pandémie COVID-19. Elle a finalement eu lieu en octobre 2022 au Carrefour culturel de Notre-Dame-des-Prairies. Notre spectacle a été diffusé le dernier soir, suivi d’un échange avec le public.

Nous avons profité de notre résidence pour enregistrer dix capsules vidéo pédagogiques dans le but de transmettre ce répertoire en ligne à un plus grand nombre de musiciens amateurs et professionnels, en partenariat avec le Réseau Québec Folklore. Celui-ci les diffuse dans leur intégralité, incluant une mise en contexte des morceaux et trois vitesses (lent, moyen et normal) [12]

Nous avons diffusé sur nos médias sociaux (Facebook, Instagram et YouTube) les dix pièces interprétées à vitesse normale.

Retombées

Impact sur notre pratique

Le projet nous a permis d’approfondir nos connaissances sur le répertoire traditionnel québécois et lanaudois, d’acquérir une méthodologie de travail et des dizaines de nouvelles mélodies, de faire des découvertes exceptionnelles, de vulgariser et de s’approprier les techniques de jeux des accordéonistes et des violoneux, d’explorer une démarche de création unique, de mettre en lumière le répertoire instrumental de Lanaudière et ses porteurs de tradition, de permettre la continuité d’une partie du répertoire grâce à nos actions de transmission et de favoriser la connaissance de cette musique identitaire auprès de la population régionale et d’ailleurs.

Le travail artistique sur cette démarche nous a permis d’explorer une nouvelle façon d’aborder la musique pour la mettre en valeur, plutôt que dans une exploration musicale et d’arrangements étoffés. L’exploration artistique englobait la sélection, l’interprétation et l’assemblage du répertoire. Le projet nous a permis de retravailler ensemble et d’apprendre au contact de l’autre grâce à nos expériences diverses (Dâvi : écoute, analyse, méthodologie, médiation culturelle ; Philippe : direction musicale et artistique, vision et approche de la musique, sensibilité de l’expression artistique).

Impact dans la collectivité

Nous estimons avoir touché plus de 50 000 personnes grâce au soutien du Conseil des arts et des lettres, de la MRC de Montcalm, de la Ville de Joliette et à l’ensemble de nos partenaires. Nous avons reçu de très bons commentaires en lien avec notre démarche rarissime. Les gens ont applaudi cette initiative, curieux et contents du résultat. La diffusion de l’émission de radio a eu des répercussions intéressantes et a permis d’assouvir la curiosité des auditeurs. Il s’agit d’un projet essentiel qui vient toucher les gens et notre identité collective. Ce projet a des répercussions pour la continuité du répertoire lanaudois. Il y a maintenant une relève à une partie de ce répertoire. La démarche se poursuivra dans les prochains mois puisque nous souhaitons produire un album sonore de répertoire et un album visuel avec un concept par vidéo. Nous souhaitons également remettre en circulation ces répertoires dans la tradition orale. La recherche de financement consituera la prochaine étape.

Le P’tit reel court à Jacques Larochelle. Partition de Philippe Jetté.
Reel Saint-Côme Partition de Dâvi Simard.

Notes

[1DUVAL, Jean. La musique de Johnny Boivin (1861-1930) ; 18 pièces et variations avec commentaires et biographie, Collection Violoneux anciens du Québec, Jean Duval, 2023, 82 p.

[2Roland Aumont, Rogatien Venne, Jacques Larochelle, Maurice Beauchamp, Évariste Chevalier et deux accordénistes non identifiés provenant de la collection d’Hervé Larochelle déposé au CRAPO de Lanaudière par Éric Beaudry.

[3Maurice Beauchamp : la musicalité de la tradition à l’accordéon », article écrit par Philippe Jetté : https://traditionsvivantes.com/article/maurice-beauchamp-musicalite-de-tradition-a-laccordeon/

[4Joseph « Ti-Do » Beaudry est le grand-père du musicien Éric Beaudry de Saint-Côme.

[5Le reel gigué est un reel avec des courtes phrases musicales de 8 temps répétées, ce qui est soulevant pour la gigue. Ce terme serait une création de l’accordéoniste Philippe Bruneau. Plusieurs pièces sont également asymétriques.

[6Projet « Recréer, diffuser et transmettre des répertoires traditionnels lanaudois », commentaires sur les pièces partagés par Éric Favreau..

[7Ibid.

[8Le Brandy Cantin est asymétrique. La première partie oscille majoritairement entre une mesure de quatre temps et de trois temps tandis que la deuxième partie oscille entre des mesures quatre et cinq temps, et parfois trois temps.

[9Projet « Recréer, diffuser et transmettre des répertoires traditionnels lanaudois », commentaires sur les pièces partagés par Éric Favreau.

[10Reel à Lucien Corriveau : https://youtu.be/rxMVlVBk6os

[11Émission RÉPERTOIRES disponible sur YouTube : https://youtu.be/BHEjqn5obDY

[12Liste de lecture de nos 10 pièces diffusée dans leur intégralité par le Réseau Québec Folklore dans le cadre de leur projet Musique folklorique du Québec : https://youtube.com/playlist?list=PLHfWzi80j3vaMniI_NAJ5_QX1Rq5oV73_&si=xQ-KsG9GvIBGVRez>(capsules no 81 à 90).



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